Un couple sado-maso ?

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C’est une de ses amies qui avait insisté pour l’amener à ma consultation après avoir entendu parler de moi à l’occasion de la publication d’un de mes livres sur les problèmes du couple : « Le malentendu conjugal » qui avait fait pas mal de bruit dans les médias. Et des problèmes de couple, cette jeune femme en avait. Mais pas aussi simples et évidents qu’il le paraissait et qu’elle-même et son entourage le pensaient.
Son âge ? Trente-cinq ans. Je vous donne cette précision parce que, mentalement, elle en avait disons… 20 pour être indulgent, très indulgent même. Du reste, elle avait ce charme délicat qui n’appartient qu’à l’extrême jeunesse, pour autant qu’on soit sensible aux séductions qu’on prête à la femme enfant. Elle n’était pas débile, non, mais d’une naÏveté touchante.
Et que lui arrivait-il ? A l’écouter, son grand, son méga problème, c’était son mari. Un homme de cinq ans son aîné qu’elle décrivit comme une personnalité tyrannique, autoritaire en diable et critique qui ne lui passait rien. Quoi qu’elle fasse, c’était mal fait ou elle avait tort, l’un ou l’autre, quand ce n’était l’un et l’autre, systématiquement !
Ce long travail de dévalorisation – elle était mariée depuis onze ans – n’était pas demeuré sans conséquences : en matière de confiance en soi, elle était au-dessous de la ligne de flottaison. Elle en manquait totalement et doutait de tout, allant jusqu’à se demander si son mari n’avait pas raison de se montrer impitoyable envers elle. Auquel cas, elle aurait été coupable de tout ainsi qu’elle était prête à le croire dur comme fer.
A propos de son mari justement, je lui posai une question : avait-il été odieux dès les premiers temps de leur mariage ? Non, il avait changé progressivement en l’espace de quelques mois, six ou huit environ, passant lentement d’un garçon doux et gentil à un personnage proprement invivable qui lui gâchait l’existence. Métamorphose qui accréditait, d’après elle, sa thèse selon laquelle elle portait une grande part de responsabilité dans la dérive conflictuelle de son couple.
C’est d’ailleurs pourquoi elle n’avait pas cru ses parents, sa famille, ses amis et amies qui l’avaient accusée d’être complètement maso pour supporter un homme qui avait transformé sa vie en enfer. Accusation maladroite qui l’avait encore davantage culpabilisée et accentué son manque de confiance en elle-même. Parce qu’il n’est pas facile d’admettre qu’on éprouve du plaisir à souffrir. Faut pas être normal, pas normal du tout, c’est sûr !
Mais quand son médecin personnel avait émis la même idée, à savoir qu’elle était maso, elle s’était résignée à penser que c’était vrai : elle formait avec son mari un couple pervers. C’est ce qui l’avait incitée à me consulter sur les conseils de son amie.
Le problème, c’est que tout le monde, les parents, la famille, les amis et le médecin y compris, avaient tout faux. Le couple de ma patiente n’était pas plus sado-maso que moi évêque ! Je vais vous expliquer pourquoi.
A suivre
Dr Yves Moigno

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