Appeler un chat un chat

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Dans un commentaire, Pierre demande une mise au point lexicale : les médias sont priés de ne pas appeler « jeunes » les « voyous ».

Un lecteur, Pierre, souhaite revenir sur un emploi du mot jeunes qu’il juge inapproprié dans les titres et les articles de presse. Les commentaires, de fait, s’agacent souvent des flottements dans l’usage du mot. Le fond de l’affaire vient de ce que les médias utilisent souvent jeunes pour désigner les délinquants… bien adultes parfois.

Rien ne gêne quand jeunes renvoie à une classe d’âge que le mot démarque d’autres classes d’âge ; par exemple, dans tout sujet qui évoque la situation de l’emploi dans un pays, on admettra aisément, selon les termes de Pierre, l’appellation « individu de 15-25 ans qui travaille = un jeune ».

En revanche, vous jugez souvent qu’il n’y a pas de raisons de nommer plus par son âge que par sa taille ou sa coiffure une personne d’âge jeune qui fait acte de violence – à la loi, aux biens, aux personnes. Le bon usage, rappelez-vous, est de nommer « les choses par leur nom », comme le préconise Boileau dans la première Satire, d’appeler « un chat un chat », et donc de dire voyou, ou délinquant.

Pourquoi cet agacement face à l’emploi fréquent d’un terme générique qui a l’allure d’un euphémisme ?

Première raison, et de jeunes internautes se joignent ici spontanément à la rébellion, on finit, dites-vous, par associer, l’air de rien, jeunes et délinquants. Pierre le dit ainsi, cet usage « fait exactement le contraire de ce qu’il prétend, à savoir appuyer la stigmatisation au lieu de la faire disparaître » : on masque sous l’euphémisme le mot voyou pour éviter de stigmatiser une catégorie de jeunes, et on finit par percevoir tous les jeunes comme enclins à la délinquance. Fâcheux.

Deuxième raison, moins fréquemment avancée, mais Pierre l’expose : « Le voyou n’a pas d’âge. » Il précise : « Un individu de 8 à 99 ans qui se livre à la destruction et au pillage = un voyou ! » Peut-on comprendre cet argument ainsi : il est vain d’avancer l’excuse de l’âge pour atténuer la responsabilité d’un méfait. Peut-on le pousser encore un peu : certains êtres sont naturellement bons, d’autres naturellement méchants (en s’inspirant du titre de Diderot sur l’homme à l’état de nature : Est-il bon ? Est-il méchant ?). Ce qui nous ramènerait à un débat du temps des Lumières, dont les commentaires se font fréquemment l’écho : les voyous sont-ils agressifs en raison de leurs conditions de vie (pervertis par la société, donc) ou parce qu’ils ont une propension naturelle à faire le mal ?

Ce qui est certain, c’est que bien des lecteurs expriment lassitude et colère devant l’emploi d’un lexique qu’ils jugent soumis au « politiquement correct » de la « bien-pensance » qui floute les réalités, soustraites alors au « politiquement efficace ».

Le commentaire de Pierre :

« J’aimerais bien que la prochaine rubrique « Vous l’avez dit » s’intitule « Jeunes vs voyous ». En effet, j’approuve entièrement ceux d’entre vous qui critiquent le terme jeunes employé par les médias pour désigner les voyous qui mettent les cités à sac et s’en prennent impudemment aux policiers, pompiers et civils innocents ! Peu importe l’âge (même moins de 25 ans) de ceux qui ont fait ça, c’était un pur acte de vandalisme !

Ce serait bien que la prochaine rubrique qui donne élégamment la parole aux commentateurs du Point exprime le fait que nous autres, commentateurs, désapprouvons massivement et condamnons sans mesure l’amalgame qui est fait entre jeune et voyou, car contrairement au premier, le voyou n’a pas d’âge. Si on dit que la valeur n’attend pas le nombre des années, on peut dire aussi que la déliquescence peut s’amorcer n’importe quand (avec la délinquance, la dépréciation, la turpitude et la spirale infernale délétère !)

En bref, je propose un vote impromptu (l’avantage de notre démocratie, tant qu’elle existe encore) pour en finir avec ce soi-disant politiquement correct qui fait exactement le contraire de ce qu’il prétend, à savoir appuyer la stigmatisation au lieu de la faire disparaître, et que les choses soient appelées par leur nom : individu de 15-25 ans qui travaille = un jeune ; un individu de 8 à 99 ans qui se livre à la destruction et au pillage = un voyou !

Je vote pour ! Et vous ? Songez que si Le Point revoit sa politique de titrisation jeunes et voyous, ça peut aussi faire jurisprudence auprès des autres médias, grâce à ce type de vote. » (Pierre)

http://www.lepoint.fr/billets-de-la-moderation/appeler-un-chat-un-chat-13-06-2011-1341593_354.php

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