Éducation des enfants : un défi pour les parents

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Les familles nordistes que nous avons interrogées se montrent toutes très concernées par les questions d’éducation. L’enjeu est important et les difficultés les angoissent parfois, mais beaucoup semblent être pragmatiques et régler les problèmes au coup par coup.

TEXTES : BRUNO RENOUL > bruno.renoul@nordeclair.fr ; PHOTO : HUBERT VAN MAELE > hubert.vanmaele@nordeclair.fr
L’éducation des enfants ? À entendre les familles que nous avons interrogées, le sujet est jugé « délicat » et « difficile ». « Il y a souvent plus de questions que de réponses », résume Antoine, père d’Albert, 2 ans.
Et on peut le comprendre car l’enjeu est de taille : pour Dorothée, mère de deux fillettes de 1 et 3 ans, Violette et Myrtille, il s’agit de « préparer nos enfants à être autonomes et à un jour voler de leurs propres ailes ». Sylvie, 47 ans, de Saint-Amand, a élevé ses trois enfants, aujourd’hui âgés de 13, 16 et 18 ans, dans le but de « les éduquer à la responsabilité ». Martine et Jean, qui habitent Lambersart, voulaient de leur côté « leur transmettre des valeurs, l’ouverture et le respect, et qu’ils soient bien dans leur peau ». Antoine, Madeleinois de 33 ans, aimerait que son fils devienne « quelqu’un de bien, courtois, partageur, respectueux ».
Un sacré programme… Les jeunes générations, qui s’y frottent avec leurs premiers enfants, le constatent vite. « Avant, j’avais une conception toute faite de l’éducation, je trouvais parfois que les parents s’y prenaient mal », confie Béatrice, qui habite Wazemmes avec son mari et leurs deux garçons de 2 mois et 2 ans et demi. « Je suis devenue beaucoup plus tolérante depuis que je suis moi-même confrontée au problème, c’est beaucoup plus difficile que je ne l’imaginais… » Le « problème » de l’éducation rend humble et la difficulté de l’exercice peut stresser certains. « Comme nous étions trop angoissés, nous avons fait trop de choses pour eux, et nous avons un peu loupé le côté autonomie, reconnaît Martine. L’angoisse n’est pas créative, les enfants la sentent. » D’autres sont plus détendus, à l’image de Sylvie, qui a essayé d’agir sans trop se poser de questions, en tâchant de reproduire l’éducation qu’elle avait elle-même reçue. « Mais je savais que je ferais des bêtises, comme tous les parents ! », confesse-t-elle.
Dorothée et son mari Emmanuel, qui habitent Mouvaux, ne disent pas autre chose lorsqu’ils estiment qu’il n’y a « pas de vérité en matière d’éducation ». Eux aussi tâtonnent. Mais croient qu’il est important dans l’intérêt de l’enfant de lui fixer « un référentiel, des valeurs, des limites ».
« Parfois, on ne sait pas si on fait bien ou pas, on se pose toujours la question, sourit Dorothée. On règle les problèmes les uns après les autres, au quotidien. » Et son mari d’ajouter que Myrtille et Violette sont « beaucoup plus intelligentes qu’on ne pense et sont justement à l’âge où on teste ses limites, et où il est donc important d’en donner, et de s’y tenir. Il ne faut pas s’incliner pour sa tranquillité, car ce n’est pas bon pour l’enfant ». S’ils jugent important d’expliquer les choses, et qu’ils avouent laisser « beaucoup de fantaisie » à leurs filles, ils se disent « exigeants » et n’hésitent pas à user du coin, de la tape sur la main ou de la fessée pour se faire comprendre si nécessaire.

« L’inévitable confrontation de l’adolescence »
Antoine est du même avis, même si son épouse Charlotte goûte peu aux punitions corporelles. « Je sais que ce n’est pas la solution, mais j’ai du mal à être patient, admet-il. On a convenu que le coin était une meilleure méthode. Cela marche bien. Et on s’est fixé une règle : des petites tapes, oui, mais jamais au visage. C’est cruel et violent. On explique chaque punition. Et on insiste beaucoup sur le câlin de la réconciliation, y compris quand on estime que c’est nous qui avons mal agi. » Un choix que n’ont pas voulu faire Martine et Sylvie – même si des punitions ont parfois été nécessaires -, davantage tournées vers une éducation liée au dialogue et à l’écoute. « On a un peu resserré les boulons à l’adolescence, au moment de l’inévitable confrontation, mais de manière générale, on était plus dans le dialogue car ce n’était pas notre nature d’être autoritaires, se souvient Martine, 51 ans. Je suis convaincue qu’il faut poser un cadre à l’intérieur duquel il faut savoir rester souple. Il faut être derrière eux, mais présent, à l’écoute. » C’est pour cette raison qu’elle a décidé d’opter pour un temps partiel pour être proche de ses enfants. Un peu comme Sylvie, qui a mis un point d’honneur à dîner tous les soirs avec les siens : « Il y a peu de moments où on peut discuter. Le dîner en famille est un rituel important, qui nous a permis de toujours dialoguer. » Les échanges au sein du couple sont aussi jugés importants. À tel point que Martine estime que « ce doit être très difficile pour les mères seules, car on se soutient beaucoup à deux ». Béatrice en parle « beaucoup » avec son mari, même s’ils ne sont « pas toujours d’accord ». Mais dans ce cas, ils tâchent de ne « pas le dire devant les enfants ». Et la jeune femme de dédramatiser ce challenge de l’éducation : « Globalement, même si c’est dur, j’ai l’impresion qu’on s’en sort. Au début on était paumé, mais le fait d’avoir réussi à surmonter quelques phases délicates nous a donné confiance en nous. Et puis il faut le dire, les parents ne sont pas seuls. On en parle souvent avec nos copains qui ont des enfants, c’est un sujet récurrent, et puis il y a l’école, les médecins… C’est plutôt rassurant ! » w

 

Orientation : les parents à l’épreuve du stressÀ l’adolescence, les parents doivent accompagner leurs enfants dans le choix de leur orientation. Ils sont souvent inquiets devant l’étendue des solutions possibles et craignent l’échec au point, parfois, de décider à la place de l’enfant. «L’orientation de nos enfants, ça nous a causé beaucoup d’inquiétude… » Martine, Lambersartoise de 51 ans, fait partie de ces parents pour qui l’accompagnement des enfants dans leurs choix a été vécu avec anxiété. « Notre aîné Matthieu a un peu lâché au lycée, contrairement à sa soeur Émilie qui était plus sérieuse, raconte-t-elle. Du coup, on se demandait ce qu’il allait devenir, on ne lui faisait plus confiance, et c’était un sujet de friction avec mon mari car on n’avait pas les mêmes idées… » Des choix multiples Un stress qui peut démarrer dès la classe de 3e puisqu’on doit alors choisir une seconde professionnelle ou générale ainsi que des options. L’année d’après, on peut toujours se réorienter, et quand on est en filière générale, il faut opter pour un cursus littéraire, économique ou scientifique. Et l’année du bac, il faudra choisir les études supérieures… « On peut comprendre que beaucoup soient perdus, car il y a eu de nombreuses réformes du lycée, souligne Claire Sauvage, conseillère d’orientation à Villeneuve d’Ascq. Quant au choix du métier, il y en a 4 000 en France donc c’est loin d’être évident. Et les parents s’inquiètent aussi par rapport à la crise, ce qui est naturel. » D’après elle, le stress n’est cependant pas toujours un mal, dans la mesure où il signifie souvent que les parents vont s’engager pour aider leur enfant concrètement. « Ceci dit, je remarque que notre anxiété n’est pas toujours une bonne chose, car les enfants sont déjà suffisamment stressés eux-mêmes par ces choix, pas évidents pour eux », relève Martine, qui se satisfait que ses deux enfants aient finalement réussi à trouver leur voie. Le véritable souci se pose lorsque les parents ne se sentent pas concernés par ces choix – souvent dans les populations les plus défavorisées – ou qu’ils veulent imposer leur volonté à leur progéniture. « Dans le premier cas, cela peut être parce que les parents se sentent dépassés, qu’ils sont débordés ou qu’ils ont eux-mêmes connu l’échec, et dans ce cas, on fait tout pour aller les chercher, indique Claire Sauvage. Dans le deuxième cas, personne n’est gagnant car l’enfant tâchera de se révolter contre le choix imposé par les parents. On essaie alors de les amener à ouvrir un dialogue entre eux. » Tout en sachant qu’il faut relativiser l’importance de ces choix, aussi cruciaux qu’ils puissent être, aucune décision n’est véritablement irréversible d’après Claire Sauvage : « On peut se dire que les études c’est épanouissant et pas seulement utilitaire à court terme. Et puis, il y a toujours des passerelles pour se réorienter, y compris quand on a déjà démarré sa vie professionnelle. »wB.R.

À la Bourgogne, des groupes de parole pour aider les parents en difficulté

Des dizaines de groupes d’aide à la parentalité existent dans la région pour aider les parents à faire face à leurs responsabilités. Au centre social de La Bourgogne à Tourcoing, Leïla Mezrag est en charge du dispositif. Explications. Comment est née l’idée de créer une structure d’aide à la parentalité à la Bourgogne ? >> La demande est venue de parents en difficulté qui avaient besoin d’un lieu pour échanger sur ces sujets. On a créé des groupes de parole en 2005 et un peu plus tard, des ateliers parents-enfants. Une dizaine de personnes y participent régulièrement, deux fois par mois. En quoi cela consiste-t-il exactement ? >> Nous ne sommes pas là pour dire qui est un bon ou un mauvais parent ou dire ce qu’ils doivent faire. On essaie plutôt d’apporter des réponses à des questionnements. Il y a des échanges entre parents, ce qui permet à chacun de réaliser qu’il n’est pas seul à vivre une difficulté, et éventuellement profiter des idées des autres. Cela les amène aussi à réfléchir à ces questions. Il y a aussi des séances avec des intervenants extérieurs, psychologue, médecin, juriste, diététicien… Qui sont les personnes qui assistent à ces groupes, et quelles difficultés connaissent-elles ? >> Ce sont le plus souvent des mamans, parfois des mamans seules, et ce sont des personnes en grande difficulté sociale, qui n’ont pas confiance en elles. Les problèmes qu’elles rencontrent sont variés : manque d’autorité, impuissance face à l’ordinateur ou aux jeux vidéos, questions sur l’argent de poche, problème d’écoute ou de dialogue entre parents et enfants… Y a-t-il une solution clef en main pour les aider ? >> Ce qui est important de dire c’est que les parents doivent savoir qu’ils ne maîtrisent pas tout. Il y a des facteurs qui nous échappent, ce que les enfants entendent ou vivent à l’école ou dans la rue, par exemple, ou encore la personnalité de l’enfant, qui est unique. Il n’y a pas de mauvais parents. Éduquer est très difficile.w PROPOS RECUEILLIS PAR B.R.

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