L’art de la manipulation, de Edmüller et Wilheim

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L’ART DE LA MANIPULATION
Andreas EDMÜLLER et Thomas WILHELM
Ixelles éditions, 2011, 11,90 €

Encore un livre sur la manipulation, sujet semble-t-il à la mode, mode encore renforcée par celle du mentalisme, (télé oblige), qui n’est finalement qu’un ensemble de techniques préparatoires à la manipulation.

Ces deux auteurs allemands n’en sont pas à leur coup d’essai puisqu’ils ont déjà publiés sur le même sujet deux ouvrages :
- La manipulation, l’art d’influencer à votre portée, Ixelles, 2009
- la Manipulation, Théorie + Training, Ixelles, 2010.
Nous nous sommes d’ailleurs inspiré de ces livres pour créer POLEMIOS®, principalement la création de certains stratagèmes.
C’est dire si, parmi les nombreux livres sur la manipulation, que ceux-ci ont droit à notre respect.

Nous leur ferons toutefois trois critiques de fond :
- comme beaucoup d’autres sur la manipulation, celui-ci n’échappe à une hypocrisie latente : en effet,  le langage est double : apprenez à manipuler mais attention ce n’est pas bien. On connaît cette démarche frileuse (souvent du fait de l’éditeur) : il est clair que les auteurs pensent nettement que la manipulation est inévitable, que c’est une bonne chose de l’apprendre, ne serait-ce que pour ne pas se faire manipuler. Mais le livre est parsemé d’expressions de type moral et de mise ne garde qui prônent le contraire, sur le thème du : ne faites pas cela. C’est la même optique qui a présidé au choix du titre du célèbre : Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens de Joule et Beauvois,
-  cette distinction provient en partie de leur définition du terme manipulation qui n’est pas la nôtre. Pour ces auteurs, manipuler est un ensemble d’actions au détriment des autres, et pour notre propre avantage. Vu ainsi c’est effectivement malhonnête, mais pas plus que la contrainte, et la plupart des arguments commerciaux mensongers des vendeurs de savonnettes et des publicitaires. Notre définition est plus pragmatique car elle ne fait pas intervenir les intentions : manipuler c’est obtenir ce que l’on veut et atteindre ses buts sans demander, par des moyens indirects. C’est la définition même de l’Ecole de Palo Alto, qui fait entrer dans le terme de manipulation, les actes bienfaisants des thérapeutes qui soignent  et guérissent leurs malades, sans leur dire comment ils font. On peut donc manipuler pour le bien d’autrui. Paul WATZLAWICK, lui-même nous l’a encore bien spécifié lors d’une conférence à Paris, peu de temps avant son décès : « Il est impossible de ne pas manipuler »,
- enfin les auteurs font entrer dans la définition du terme manipulation les manipulations inconscientes ce qui n’est pas notre cas.
Pour ces auteurs « sous le terme de manipulation nous entendons l’emploi conscient ou inconscient de comportements déloyaux… » (p.10). Pour nous, toute manipulation ne peut être que consciente, calculée, parfois même planifiée au préalable…etc.

Ces axiomes de base font que certains exemples du livre ne sont pas de la manipulation pour nous. Par exemple les auteurs classent dans les comportements manipulateurs des actions telles que flatter, vouloir imposer, mentir… qui pour nous n’en sont pas. Ou alors, dans ce cas, si l’on accepte une définition aussi élargie,  tout acte relationnel devient de la manipulation. Ce qui donne raison à Palo Alto.

Mis à part ces réticences et ces désaccords dans les prémisses, ce dernier livre est aussi précieux que les précédents des mêmes auteurs.
Les auteurs nous donnent des conseils pertinents sur les façons de se comporter envers les manipulateurs, nous expliquent comment faire pour s’en défendre : écouter, les faire parler, ne pas croire tout ce qu’ils disent, faire appel à notre sen critique… bref, tout ce qu’enseigne aussi l’AR.
Sur le plan des bons stratagèmes pour contrer les manipulateurs ce livre est plein de ressources et de cas concrets, ce qui en fait une lecture fort utile.

L’ennui pour la thèse des auteurs est que les conseils qu’ils nous donnent pour se défendre des vilains manipulateurs sont eux-mêmes manipulatoires.

Alors, est-il bien de manipuler un manipulateur ? Vielle antienne du type de : faut-il être tolérant envers les intolérants ?

Aux lecteurs de juger.

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