Pensées et croyances, etc

  • Share
  • CevherShare
  • Share

67. Pensées et croyances, etc.

J’ai écarté les modalités, comme elles concernent surtout le versant production.  Je vais m’attarder plutôt sur l’opposition savoircroire, qu’il examine pp. 528-529. :

« On sait. — Toute une série d’expressions traduisent l’idée de savoir :  je sais, j’ai appris, reconnu, découvert, j’ai vu, entendu, senti. Les subordonnées qui suivent contiennent soit une certitude, soit une possibilité, une incertitude, un doute, une improbabilité :  π je sais, j’ai appris que la maladie était grave, qu’elle serait sans doute devenue mortelle – j’ai compris que j’aurais peut-être des chances de succès ».

« Remarque. — On a tout à fait la même syntaxe si la proposition complétive, au lieu de dépendre d’un verbe, dépend d’un substantif ou d’un adjectif de même signification, assurance, avis, conviction, persuasion, preuve – instruit, persuadé, sûr :  π la preuve qu’il est complice, c’est que… »

« On ne sait pas. — Aujourd’hui (…) nous distinguons : 1° Je ne savais pas qu’il m’écoutait (il semble qu’il s’agisse là d’un fait dont on n’avait pas connaissance ;  les deux parties de la phrase gardent une certaine indépendance :  2° Je ne savais pas qu’il m’écoutât.  Après une interrogative. — Quand le verbe de la principale est interrogatif, le verbe de la dépendante peut être au subjonctif ou à l’indicatif :  Vous apercevez-vous que cela vous fait maigrir ? ou que cela vous fasse maigrir ? Le sens ici non plus n’est pas le même :  Vous fait maigrir indique un fait réel.  On demande à la personne interrogée si elle s’aperçoit de ce fait.  Avec vous fasse maigrir, on ne se prononce point en faveur de l’existence du fait, au contraire on questionne sur la constatation qui a pu. être faite de son existence.  L’intonation diffère du reste d’une phrase à l’autre. »

« On croit. — (…) Après croire, l’indicatif est constant, même s’il s’agit d’une croyance fausse :  π je croyais que vous étiez obligé à cela par votre contrat.  — Il n’est naturellement pas question des phrases négatives ou interrogatives, π je ne croyais pas qu’il fût là – croyez-vous qu’on puisse réussir ? »

« Les dires. — Les dires de certains constituent des certitudes, d’autres ne méritent aucune créance, provenant de personnes ou ‘inconsidérées ou peu sincères. Les on dit sont des rumeurs souvent sans consistance.  La syntaxe ici laisse tout à faire à l’esprit.  L’erreur ou le mensonge ne se décèlent pas par leur forme grammaticale. »  Voir l’hypothèse Gamma dans De l’inférence sémantique.

Je passe sur les sections qui suivent où la langue semble avoir considérablement évolué (pas nécessairement dans le bon sens) et le subjonctif, par exemple, correspond davantage à une survivance qu’à un moyen d’expression, comme quand Chateaubriand fait suivre inéluctablement l’hérésie de l’athéisme.  Il faut croire que je suis (sois) moins mentaliste que je [ne] l’ai cru.  En fait, l’hiatus vient de ce que l’étude de Brunot soit une analyse des faits d’expressions, tandis que de mon point de vue, toute sémantique est strictement une opération d’interprétation, quelque adroit ou habile que soit l’énonciateur (implicite :  le manipulateur).

Avec la caractérisation, Brunot est en outre tenté par la stylistique, quoiqu’il s’en défende :  « L’art de caractériser est un des éléments essentiels du style.  Quelques hommes, qui atteignent à la perfection, arrivent par l’effort ou sans peine à user des mots qui font l’effet voulu.  L’étude de ces trouvailles du talent ne nous appartient pas.  Elle fait partie de l’histoire de la littérature.  Nous n’avons, nous, qu’à recenser les moyens dont l’art tire ses effets. »

« On caractérise soit les êtres et les choses, soit les actes.  Ce sont donc les noms et les verbes qui sont le plus souvent caractérisés.  Un acte est répréhensible.  Il faut avant tout qu’il soit qualifié :  crime, délit ou simple contravention ?  Le tribunal sera choisi d’après cela :  tribunal criminel, correctionnel, ou de simple police.  Passons aux actes :  Un homme a été ruiné inopinément par un banquier malhonnête.  Il a noblement supporté son malheur.  Mais ses facultés se sont affaiblies graduellement, et aujourd’hui il est complètement réduit à une vie végétative, qui finira brusquement. — Les locutions verbales comportent, elles aussi, caractérisation, comme les
verbes : Elle a pris solidement racine dans le pays  — il a complètement fait abandon de ses prétentions. »

Caractéristiques. — Grammaticalement, toutes sortes d’éléments de propositions et de phrases peuvent à l’occasion servir à la caractérisation. Ainsi le complément d’objet caractérise, en certains cas ;  de même l’objet secondaire, et aussi les circonstances de lieu y de temps, et encore le but, la destination, la cause.  Les caractéristiques peuvent être :  A) des mots isolés, noms, adjectifs, participes, adverbes, π une longue attente, j’attends patiemment ;  B) des groupes de mots non rattachés au mot complété par un mot-outil, π j’attends, les bras ballants ;  C) des compléments indirects, rattachés par une préposition, π une attente sans fin – j’attends avec impatience ;  D) des propositions conjonctives, π une attente qui dure un peu trop ;  E) des participes ou des gérondifs, π j’attends en travaillant ;  F) des propositions conjonctionnelles, π j’attends sans qu’on le sache.

Le plan de l’ouvrage de Brunot est tellement particulier qu’on ne s’attend guère à trouver le traitement des adjectifs en cet endroit précis, pp. 585-595.  Mais les faits nous sont familiers, comme le sont, en gros, ceux concernant les adverbes, qui suivent.  Dans un rapprochement différenciateur entre les adjectifs et les adverbes il a un curieux exemple :  parler chrétien | parole chrétienne (p. 601).

« La proposition attributive. — Assurément, il faut achever de détruire l’idée, si longtemps ancrée dans les esprits parles théories d’analyse logique, que tout verbe, même subjectif, doit être réduit à ‘être’ suivi d’un attribut.  Assurément le cri :  « Mon enfant vit » peut être transposé sous la forme :  Mon enfant est vivant.  Mais c’est là un cas plutôt rare.  Mon enfant est dormant est une invention de théoricien, sans réalité dans notre langage. »

« Ces réserves faites, ajoutons tout de suite qu’une foule d’états s’expriment à l’aide d’un terme marquant cet état, relié au sujet par la copule être. Quand le sentiment s’en mêle, le verbe être est assez souvent omis :  Heureux les pauvres en esprit. »

« L’importance de cette construction attributive est énorme. Dans une foule de cas, comme nous l’avons vu, c’est elle qui est en jeu, au lieu de prétendus passifs : Cet homme est fatigué. Se trouver prend, dans beaucoup de cas, un sens proche de être par accident : Elle n’a pu continuer son voyage ; arrivée à Nancy, elle s’est trouvée lasse, on lui a conseillé de s’arrêter. »

Verbes copules. — V+Attr — ‘devenir’, ‘se faire’, ‘demeurer’, ‘paraître’, ‘se maintenir’, ‘sembler’, ‘passer pour’, ‘rester’.

Attributs. — Adjectifs, adverbes, noms, nominaux (rien), représentants, groupes de mots faisant fonction d’adjectifs ou d’adverbes.  π je suis bien en peine – le rôti est à point – ce malade est à bout de forces – elle resta longtemps sans connaissance.

« Il n’est pas facile de distinguer attributs et compléments, chose assez inutile, du reste.  C’est au sens de l’expression qu’il s’en faut rapporter le plus souvent.  Quand il devient figuré, il y a des chances pour que le sentiment de la valeur originelle soit perdu.  Le complément s’est alors transformé en attribut :  π un colis est en souffrance – une âme est à l’épreuve – un homme est d’attaque – un lutteur passe pour être de taille à résister – l’enfant est malade, la mère est aux champs – ses projets sont à l’eau – les employés sont sur les dents. »

« Même sans cette transformation, les compléments avec en deviennent attributs sans difficulté, π ce travail est en préparation – ses habits sont en loques – le bâtiment est en construction. »

You can leave a response,or trackback from your own site.

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.