Crise de l’Europe : et si Nouriel Roubini avait encore raison ? (1/2)

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Renaud Chenu et Nelly Morisot – Tribune | Vendredi 17 Juin 2011 à 12:01 | Lu 7889 fois
http://www.marianne2.fr/Crise-de-l-Europe-et-si-Nouriel-Roubini-avait-encore-raison_a207352.html

Un sondage rendu public par des économistes réunis sous la bannière du « Manifeste pour un débat sur le libre échange », et relayé par Marianne2, prouve que les Français sont protectionnistes. Rien d’étonnant pour Renaud Chenu et Nelly Morisot pour lesquels cela fait longtemps que les économistes ont tiré la sonnette d’alarme sur l’incapacité de l’Europe à protéger.

Jeudi 16 juin 2011 au matin, une bande d’économistes à l’esprit retord réunis sous la bannière du « Manifeste pour un débat sur le libre échange » révèle au monde (entier), via un sondage (1), ce que seuls les aveugles s’entêtent à ne pas voir : le français moyen de ce printemps 2011 est… protectionniste ! Et appelle à des mesures éponymes.

Les détails de ce sondage indiquent clairement que les Français, pas sots, ont une conscience aiguë des « méfaits de la mondialisation » sur leur quotidien. Il révèle un esprit frondeur voire insurrectionnel de l’opinion. Si le Français d’hier s’était bien gardé de déclarer massivement son amour au libre échange, le Français d’aujourd’hui va-t-il contraindre ses dirigeants à opérer une grande bascule intellectuelle, que les « économistes atterrés » (2) appelaient déjà de leurs vœux en septembre 2010 ?

Naturellement, lors de l’élection présidentielle, chacun brassera beaucoup d’air et apportera de l’eau au moulin de la régulation. Régulation mondiale, Europe sociale, Europe du développement durable, tous ces masques de clown du libéralisme autoritaire seront convoqués avec beaucoup de trémolos dans la voix. Et pendant ce temps-là, la Chine – très ouverte à l’export, verrouillée à l’import -rachètera des milliards de dettes de tous les pays possibles et imaginables, les États-Unis joueront au libre échange avec les faibles et au protectionnisme pour eux. Et l’Europe conservera son Commissariat à la concurrence et sa Banque centrale « indépendante » de toute régulation démocratique, fonçant dans le mur en klaxonnant. L’autisme actuel des dirigeants européens est une curiosité historique qui ravira probablement les historiens de la décadence mais la farce commence à fatiguer les français. Les « économistes atterrés » ne notaient-ils pas déjà l’an dernier que « la crise a mis à nu le caractère dogmatique et infondé de la plupart des prétendues évidences répétées à satiété par les décideurs et leurs conseillers » ?

Il y a bien longtemps que l’ami Ricardo et sa démonstration simpliste sur les bienfaits du libre échange (prenez 100 m de drap, 400l de vin, maintenant calculez…) ne convainc plus que ceux qui veulent ou ont besoin d’être convaincus. En 1998, le prix Nobel de l’économie Maurice Allais prévenait par exemple : «une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible, elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés, et de développement économique et social comparable» (3). Treize ans plus tard, on ne peut que lui donner encore raison. L’Europe crève de ses contradictions.

Dans une tribune publiée dans le Financial Times en début de semaine, l’économiste américain Nouriel Roubini (« doctor doom »), qui avait prévu la crise de 2008, prédit cette fois l’éclatement de la zone Euro, situant à cinq ans la période qui nous sépare de la sécession des pays qui s’en trouvent à la « périphérie ». Il joint ainsi sa voix, avec des nuances, certes, aux initiateurs du « Manifeste pour un débat sur le libre échange » qui remettent en cause la doxa politique faisant croire (à de moins en moins de monde) que l’Euro protège de tout, est indépassable, et restera dans le paysage aussi longtemps que le blé dans les champs.

(1)Le protectionnisme plébiscité par les français, sondage Ifop pour Le manifeste pour débat sur le libre échange.
(2)Manifeste des économistes atterrés, 10 fausses évidences, 22 mesures en débat pour sortir de l’impasse, septembre 2010.
(3)Maurice Allais (1999), La crise mondiale d’aujourd’hui, Clément Juglar

Renaud Chenu, journaliste, et Nelly Morisot, enseignante et membre des instances nationales du PS, préparent en ce moment un essai sur la nécessité pour l’Europe de réinventer ses frontières intitulé : « Lettre à Diane Kruger ».

Lire la suite de cet article demain

Retrouvez Renaud Chenu sur son site.

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