Les arrêts maladie abusifs dans le collimateur du gouvernement

  • Share
  • CevherShare
  • Share

Le gouvernement veut encourager les contre-visites de médecins à la demande des employeurs, mais les services des ressources humaines ne semblent pas convaincus.

http://lexpansion.lexpress.fr/management/les-arrets-maladie-abusifs-dans-le-collimateur-du-gouvernement_257585.html

En 2010, les contrôles des arrêts maladies ont rapporté près de 400 millions d’économies directes à la Sécurité sociale.
Reuters/Yuriko Nakao

Dans l’arsenal anti-fraude mis en avant mercredi au Conseil des ministres, la lutte contre les absences excessives au travail figure en bonne place. Le coût de l’indemnisation des arrêts maladie progresse plus vite que d’autres dépenses de l’Assurance maladie, mieux maîtrisées. Depuis 2007, la Sécurité sociale a triplé ses contrôles, surtout sur les arrêts de longue durée. Elle a réalisé en 2010 près de 400 millions d’économies directes: une somme non négligeable, même si cela ne représente que 4,6% du montant total des indemnités journalières versées. Mais, pour le gouvernement, les entreprises et les administrations doivent elles aussi être plus regardantes, notamment pour les courts arrêts répétés.

Parallèlement au réseau des médecins conseil de l’Assurance maladie qui contrôlent à la fois les salariés du privé, les médecins prescripteurs d’arrêts et bientôt les fonctionnaires, il existe le contrôle médical patronal concernant les seuls salariés. Recrutés par des sociétés privées, ces médecins libéraux, en plus de leur activité normale, se rendent directement chez les personnes en arrêt, à la demande des employeurs. Ils vérifient si le certificat, délivré par leur confrère médecin traitant, est bien justifié. Pour convaincre les entreprises de leur utilité, ces petites structures ont un marketing agressif. « Un contrôle sur deux révèle une fraude », affirme ainsi sur son site Médi’six, basée dans les Bouches-du-Rhône. Interrogée par l’AFP, la société précise toutefois que cette statistique d’un sur deux comprend les contre-visites ayant échoué car le salarié n’était pas à son domicile, ou avait mal indiqué son adresse ou encore simplement refusé le contrôle.

Des contre-visites médicales controverséesLa contre-visite est encouragée par le gouvernement: l’avis du médecin contrôleur est envoyé à l’employeur et à l’Assurance maladie qui a l’obligation désormais – s’il est négatif – d’en tenir compte et peut même interrompre les indemnités journalières sans avoir vu le salarié. Toutefois les responsables des ressources humaines ne débordent pas d’enthousiasme: selon Alma Consulting Group, qui publie un baromètre régulier sur l’absentéisme, 76% des entreprises figurant dans son échantillon ont fait appel à une contre-visite mais 71% n’ont pas été satisfaites. C’est « s’attaquer aux symptômes et pas aux causes de l’abstentéisme », estime Yannick Jarlaud, l’un des responsables de cette société conseil.

Selon Thierry Rousseau de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), l’absentéisme dépend de plus en plus de « la charge de travail, de la possibilité ou non de se faire entendre, des pressions multiformes« . Eric Molli, expert chez Mercer, souligne le défi du maintien des seniors au travail, au moment où le recul de l’âge de la retraite entre en vigueur. Il relève les risques d’absentéisme de longue durée que cela va représenter dans un pays où l’on ne peut plus utiliser la « soupape » des pré-retraites. « En France, les entreprises n’ont pas la culture du travail pour les plus de 55 ans. Si elles ne se préparent pas, l’absentéisme de longue durée va exploser », prévient-il.

You can leave a response,or trackback from your own site.

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.