Médicament : “Les victimes oseront plus facilement aller en justice”

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http://www.francesoir.fr/actualite/sante/medicament-victimes-oseront-plus-facilement-aller-en-justice-112397.html

Après le scandale du Mediator, trois rapports proposent, en rafale, d’autoriser l’action de masse pour les victimes ou encore de supprimer les visiteurs médicaux.

Le Mediator aura au moins eu un mérite : celui de susciter une prise de conscience et une réforme en profondeur de la chaîne du médicament. Après des mois de remous médiatiques, et des semaines d’auditions et de débats, trois rapports sont rendus publics cette semaine. Le premier, celui de la mission parlementaire sur le Mediator, a été entériné mercredi par la commission des affaires sociales, en même temps que l’Inspection des affaires sociales (Igas) rendait public le sien, sur l’amélioration du système de pharmacovigilance. La synthèse des Assises du médicament sera, elle, présentée ce matin. Et Xavier Bertrand annoncera dans la foulée les principaux axes de son projet de réforme du médicament.

Le député PS Gérard Bapt, président de la mission parlementaire sur le Mediator, nous livre les grandes lignes de son travail.

France-Soir Quelles sont les mesures majeures proposées en direction des victimes ?

Gérard Bapt Elles pourront mener des actions de groupe, par le biais des associations. Pour le moment, les actions collectives sont impossibles en France. Or beaucoup de victimes ont peur de se confronter seules à la puissance financière des grands laboratoires. Elles oseront ainsi plus facilement aller en justice. Un seul dossier suffira à mettre en lumière la responsabilité de la firme pour tous les plaignants. Pour les indemnisations, en revanche, il s’agira toujours de décisions individualisées en fonction de la gravité des dommages subis.

F.-S. Il ne s’agit que d’une proposition. Pensez-vous qu’elle puisse être votée un jour ?

G. B. Je l’espère. Hélas ! elle a déjà été soumise à l’Assemblée et refusée deux fois ces dernières années.

F.-S. D’une manière générale, le rapport renforce l’importance des associations de patients…

G. B. Oui. Elles doivent être représentées dans les centres de pharmacovigilance, afin de toujours garder présent à l’esprit l’intérêt des patients. C’est parce que les experts n’ont pas eu un œil suffisamment critique sur le Mediator que nous en sommes arrivés là. De plus, les associations de patients sont conscientes des risques, elles peuvent participer efficacement aux remontées de pharmacovigilance ou à des études épidémiologiques sur les effets indésirables des médicaments. Mais ce processus est déjà entamé : l’Association française des diabétiques, par exemple, a participé aux débats qui ont mené au récent retrait de l’Actos, qui provoquait des cancers de la vessie.

F.-S. Faut-il réformer l’activité des visiteurs médicaux (VM) ?

G. B. Il faut renforcer l’encadrement de la visite médicale, qui reste à ce jour une action promotionnelle afin d’accroître les ventes des laboratoires, alors qu’elle devrait délivrer une information scientifique. On pourrait renforcer les délégués de l’assurance maladie, qui ne sont qu’un millier et qui, eux, apportent des informations objectives et indépendantes puisqu’ils appartiennent à un organisme d’Etat. Il est intolérable, par exemple, de découvrir aujourd’hui que le laboratoire Takeda, pour écouler son stock d’Actos alors qu’il était sous la menace d’une interdiction, a promis des primes d’intéressement aux VM qui le proposaient !

F.-S. Le rapport de l’Igas va plus loin. Il demande la suppression pure et simple des visiteurs médicaux. Par quoi les remplacer ?

G. B. D’une manière générale, le rapport de l’Igas est beaucoup plus audacieux que celui de la mission parlementaire ! Cela mettrait quand même presque 17.000 personnes au chômage. Mais, progressivement, on pourrait les former et les redéployer comme délégués de l’assurance maladie.

F.-S. Pensez-vous que toutes ces réformes changeraient vraiment le système ?

G. B. Les institutions ne valent que par les hommes et les femmes qui les ont en charge. Aucune loi, aucune règle ne nous protégera de nouveaux dérapages si la culture d’appréhension du risque ne change pas en profondeur. C’est un problème d’éthique avant tout.

C’est sur France Soir !

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