La méfiance domine entre l’université et l’entreprise

  • Share
  • CevherShare
  • Share

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2011/06/22/01016-20110622ARTFIG00676-la-mefiancedomine-entre-l-universite-et-l-entreprise.php

Contrairement aux élèves issus des écoles de commerces, les étudiants d’université sont moins à l’aise en entreprise.

«Trop souvent, des étudiants d’université assez brillants s’avèrent inadaptés sur le marché du travail», témoigne Michel Meunier, qui dirige Vigimark, une PME spécialisée dans la sûreté aéroportuaire. «Ils sont plutôt forts en théorie mais beaucoup moins dans la pratique», continue celui qui préside aussi le Centre des jeunes dirigeants d’entreprise. Difficulté à manier certains logiciels complexes face à leurs collègues issus d’écoles de commerce qui jonglent avec, les diplômés d’université sont «souvent mal à l’aise en entretien», juge Yseulys Costes, PDG de 1000mercis, une société de publicité et de marketing.

Mais leur principal défaut, c’est qu’ils n’ont parfois jamais mis les pieds dans une entreprise. Ils n’en connaissent pas les codes. «Dans le meilleur des cas, un étudiant de licence fait un seul stage de six mois. Ce n’est pas suffisant», assure Mailys Brandon, chargée d’études à l’Institut Montaigne, qui a publié un rapport de «15 propositions pour l’emploi des jeunes et des seniors».

Quand ils se laissent séduire par un diplômé de la fac, les chefs d’entreprise, soucieux d’obtenir des résultats rapides, privilégient alors l’alternance et les formations techniques et boudent les licences de sciences humaines et sociales, les fameuses humanités, dont les compétences sont peu transposables dans le monde du travail. «Il y a une adaptation nécessaire car les universitaires sont formés pour être généralistes, alors que le travail en entreprise est spécialisé», assure Michel Meunier, qui a signé plusieurs contrats en alternance avec des étudiants de BTS. «Dans 95% des cas, on les garde ensuite en CDI», continue-t-il. «Pour être plus efficace, la licence doit devenir un diplôme qui mène vers l’emploi et plus seulement une étape vers un master», insiste Mailys Brandon. «Pourquoi , poursuit-elle, ne pas proposer aux étudiants d’université une troisième année en apprentissage?»

Travail en immersion

Les étudiants en école de commerce travaillent en immersion avec l’entreprise, leurs professeurs en sont souvent issus. Et les décideurs sont rassurés d’embaucher des étudiants qui leur ressemblent. Certains chefs d’entreprise s’y essaient. Objectif: diversifier leur recrutement. «Si l’approche du travail entre un universitaire et un diplômé d’école de commerce est différente, son efficacité elle ne l’est pas forcément. Ils n’appréhendent pas les problèmes de la même façon», certifie Yseulys Costes. Mieux certaines qualités des littéraires, par exemple, enrichissent l’entreprise. Bernard Deforge, ancien doyen de la faculté de lettres de Caen et associé au groupe PricewaterhouseCoopers, a coordonné le projet «Phénix» qui, depuis cinq ans, a formé en alternance 125 jeunes de Master 2 en lettres et sciences humaines. Il met en avant «leurs qualités d’analyse, de synthèse, d’esprit critique, d’autonomie et leur capacité d’imagination et d’innovation». Des profils qui commencent à attirer les grands groupes.

À terme, le but est de créer, en 2012 pour les littéraires, un partenariat avec une grande université parisienne et un diplôme complémentaire d’initiation aux métiers de l’entreprise. Au Medef où l’on a participé au comité d’orientation licence avec le cabinet de Valérie Pécresse, on s’avoue satisfait des changements amorcés, notamment en matière d’accompagnement renforcé des étudiants.

«Pour être plus efficace, la licence doit devenir un diplôme qui mène vers l’emploi et plus seulement une étape vers un master» Mailys Brandon, chargée d’études à l’Institut Montaigne.

You can leave a response,or trackback from your own site.

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.