Les salariés souhaitent être davantage associés à la stratégie de leur entreprise

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http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/06/27/pour-ses-salaries-l-entreprise-doit-rendre-des-comptes-a-la-societe_1541297_3234.html

Le rôle de l’entreprise est-il de créer de la richesse pour elle-même, ou pour la société où elle prospère?

Les salariés des grandes entreprises françaises interrogés par l’IFOP estiment à 80 % que « l’objectif de l’entreprise est d’améliorer la situation de la société ». 78 % estiment que les profits de leur propre entreprise ne sont pas partagés de manière équitable entre salariés, dirigeants et actionnaires. 83 % affirment que « l’entreprise doit rendre des comptes à la société avant d’en rendre à ses actionnaires« .

Dans ce sondage publié mardi 28 juin et réalisé pour le cabinet de recrutement Michael Page International à l’occasion de la remise le même jour du Trophée du capital humain, les critiques, mais aussi la satisfaction, exprimées sur l’évolution du management dans un contexte de crise et de progression de la mondialisation découlent du postulat que l’entreprise doit être au service de la société.

Satisfecit sur la gestion des âges dans l’entreprise d’abord, parce qu’en période défavorable aux recrutements, réorganiser le travail avec l’ensemble des générations est aussi un objectif social.

La conjoncture économique, qui transpire toujours la morosité avec un taux de chômage stable à 9,2 %, toujours bien supérieur aux niveaux d’avant crise (7,5 % au premier trimestre 2008), a en effet contraint nombre de directions des ressources humaines (DRH) à changer leurs priorités : la gestion des compétences internes a pris le pas sur le recrutement ou la fidélisation des salariés.

Selon un sondage Audirep réalisé en mars pour l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) auprès d’entreprises de plus de 50 salariés, « 36 % (des gestionnaires RH) indiquent plutôt vouloir recruter en externe et 35 % s’appuyer sur la mobilité interne. Mais, dans les grandes entreprises, c’est clairement la mobilité interne qui devrait être privilégiée (52 %) », indique l’APEC.

C’est dans ce contexte où la transmission des savoirs devient essentielle, que les salariés des grandes entreprises (plus de 1 500 personnes) interrogés par l’IFOP se félicitent (64 %) du « partage des compétences et des savoirs entre les différentes générations de salariés au sein de leur entreprise « .

Ils estiment à 80 % que « les jeunes salariés s’intègrent parfaitement à leur entreprise ». « Les salariés ayant intégré leur entreprise il y a moins de deux ans, et qui sont donc les principaux concernés par ces éléments d’intégration, sont systématiquement plus positifs que leurs aînés », souligne même Frédéric Micheau, le directeur adjoint du département opinion et stratégies d’entreprise de l’IFOP.

68 % des salariés constatent également que « les jeunes embauchés sont bien formés par leur entreprise » et 63 % considèrent qu’il n’y a pas de « rivalité entre les salariés les plus jeunes et les seniors ». Ils remarquent toutefois, à 55 %, que leur direction n’a pas pris de mesures spécifiques pour les seniors.

« SENTIMENT D’INJUSTICE »

Satisfecit surtout sur le contenu du travail. Les salariés qui expriment bien davantage qu’il y a un an leur fierté d’appartenance à leur entreprise (80 % contre 72 %) la justifient prioritairement par leur propre travail : ils sont surtout fiers des produits et des services de l’entreprise, tandis que la notoriété et l’image, comme critères de fierté, sont en fort recul sur un an (respectivement – 14 et – 10 points).

« Les quelques signes de reprise économique perçus en 2010 ont ramené une certaine sérénité », commente M. Micheau. Les missions qui sont confiées aux salariés sont jugées « stimulantes » par 71 % d’entre eux.

Plus des deux tiers estiment que le management les respecte. Les compétences, les performances, l’implication personnelle seraient mieux prises en compte dans la rémunération qu’un an auparavant (55 % estiment que leurs compétences sont ainsi reconnues, contre 47 % en 2010).

PROBLÈME DE RECONNAISSANCE CHEZ LES FEMMES

« Un problème de reconnaissance persiste toutefois, notamment chez les femmes et, ce qui est nouveau, chez les employés », indique M. Micheau. Mais la « valeur travail », assimilée à un facteur d’accomplissement de soi-même, regagne quelques points.

Satisfecit enfin sur l’internationalisation des activités de l’entreprise, que les salariés ne jugent pas être un danger, malgré les débats actuels sur la mondialisation. 94% estiment que c’est « une bonne chose pour le développement de l’entreprise », 87 % que c’est « une bonne chose pour recruter de nouveaux talents », 69% que c’est « une bonne chose pour leur évolution professionnelle et leur carrière », et même 67% « une bonne chose pour l’emploi en France ».

Certes, il s’agit d’un sondage. Le sociologue Vincent de Gaulejac met en garde contre le fait que « la culture du « positif », dominante dans les grandes entreprises, est susceptible de fausser ces résultats à la hausse, car il faut toujours mettre en évidence les bénéfices et les avantages, la critique étant préjugée négative ».

Mais le lien entre l’internationalisation des activités et le développement de l’entreprise, porteur de richesses, est clairement établi par la majorité des -salariés.

L’horizon s’assombrit brutalement lorsque les salariés s’expriment sur le fameux « partage de la valeur ajoutée ». Alors qu’ils constatent une amélioration de leur situation sur de nombreux critères (fierté de leur entreprise, respect et écoute, prise en compte de leurs compétences), la situation reste figée en matière de répartition des profits.

La part des salariés interrogés par l’IFOP estimant que « les profits ne sont pas partagés de manière équitable entre les dirigeants, les salariés et les actionnaires au sein de leur entreprise » n’a guère varié entre 2010 et 2011 (respectivement 77 % et 78 %. « Les salariés les plus âgés et ceux des entreprises les moins grandes ont un sentiment d’injustice aggravé par rapport à 2010″, précise M. Micheau. Surtout, ils sont 34 % à juger que ces profits ne sont « pas du tout » partagés de manière équitable.

Mais « il n’y a pas de remise en cause du système, puisque 84 % des salariés affirment que l’entreprise est bien le premier créateur de richesses ; il y a aussi une certaine reconnaissance de l’entreprise, de ses produits, de ses résultats, de son management ; il n’y a pas non plus de réel discrédit des dirigeants. En revanche, ce sondage révèle une forte critique à l’égard des actionnaires. L’exigence d’un rendement à deux chiffres limite les investissements dans l’entreprise, ce qui n’échappe pas aux salariés », commente M. Micheau. La réalisation de l’objectif de l’entreprise, qui réside pour une très large majorité de salariés dans l’amélioration de la situation de la société, ne peut donc pas être atteinte.

La conséquence est que, actuellement, seuls 3 % des salariés interrogés sont « tout à fait d’accord » avec le fait que « la stratégie de l’entreprise doive être déterminée par ses actionnaires », ce qui va à l’encontre de la conception dominante selon laquelle les actionnaires sont propriétaires de l’entreprise. Les salariés estiment à une large majorité (83 %) que la stratégie de l’entreprise doit être déterminée par les dirigeants (contre 23 % par les actionnaires), mais 63 % pensent qu’elle doit être déterminée par l’ensemble des salariés.

Tous les éléments sont réunis pour une situation conflictuelle.

Anne Rodier

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