Refus de la loi antithérapeutique, sécuritaire et dangereuse

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http://blogs.mediapart.fr/edition/contes-de-la-folie-ordinaire/article/260611/refus-de-la-loi-antitherapeutique-securitai

Samedi 25 juin 2011, le Collectif des 39 contre la Nuit Sécuritaire, appelait à une manifestation, un rassemblement Place de la République, pour protester contre la loi sur les « soins » sans consentement en psychiatrie, votée en troisième lecture le mercredi 22 juin à l’Assemblée nationale.

Fait rarissime, le gouvernement avait annulé in-extrémis la commission mixte paritaire sénateurs-députés qui devait se tenir le mardi 21, préférant un nouveau passage à l’Assemblée. Craignait-il un nouveau clash avec les sénateurs centristes ??

Le parcours de ce texte a tout de même été particulièrement chaotique, et malgré les réassurances en forme de méthode Coué, de la part de Xavier Bertrand, Nora Berra, ou le député U.M.P. Guy Lefrand qui n’auront pas lésiné avec les boniments et les falsifications au cours de ces trois mois !

Au total, malgré les oppositions franches de tous les syndicats de psychiatres, des psychologues cliniciens, de personnels soignants, des associations de patients, rejointes in- extrémis par la Fédération d’associations d’usagers, la FNAPSY, de nombreuses délégations régionales de l’UNAFAM, l’association des familles, les syndicats de magistrats, les citoyens, 33.000 signataires à la pétition, « Réforme de la psychiatrie, une déraison d’état », des psychanalystes, nous avons désormais une loi dangereuse pour les patients, s’appuyant uniquement sur une idéologie sécuritaire et la peur des malades.

Seul le président de l’UNAFAM, Jean Canneva dans son alliance indéfectible avec le gouvernement, l’a soutenue, mystifiant les familles en leur faisant croire que ce dispositif de contrainte, qui se généralisera à toutes les situations, répondra à leurs difficultés, à leur désarroi dans de trop nombreuses situations. On ne peut soigner sans le consentement d’une personne de façon indéfini, sans aucune limite de durée.

Le rassemblement place de la République a été un succès : il a rassemblé autant de manifestants que lors de la manifestation du 15 mars devant l’assemblée nationale :  beaucoup de patients étaient là, ont pis la parole, comme des familles et des associations.

A l’issue de la manifestation, le Collectif des 39 a énoncé un certain nombre d’indications pour s’opposer concrètement sur des points précis à l’application de la loi, sorte de grain de sable pour gripper cette machine anti- thérapeutique. Voici le communiqué qui reprend ces différents points.

Paul Machto


Communiqué du 25 juin2011

Après la manifestation Place de la République

Refuser cette loi anti-thérapeutique, sécuritaire et dangereuse.

Samedi 25 juin 2011, près de 500 personnes se sont rassemblées Place de la République, pour manifester leur refus de la loi adoptée par le Parlement le mercredi 22 juin. Patients, familles, professionnels de la psychiatrie, psychanalystes, citoyens, ont répondu à l’appel du Collectif des 39 contre La Nuit Sécuritaire. Jack Ralite, ancien Ministre de la Santé, Serge Portelli, magistrat, membre du Syndicat de la Magistrature, Yves Clot, professeur au C.N.A.M., Olivier Grignon, psychanalyste, président du Cercle Freudien, Lysia Edelstein, psychologue, membre du syndicat de la Protection Judiciaire de la Jeunesse – S.N.P.E.S./P.J.J./F.S.U.-, sont venus témoigner de leur soutien et dire combien les mêmes politiques sont à l’œuvre dans la justice, l’éducatif, le social et le monde du travail. Ecrasement des métiers, enfermement, contrôle, surveillance, à l’opposé de l’accueil et d’une approche humaine des questions de société.

Nous voilà à l’orée d’une ère nouvelle qui n’entend plus soigner mais contrôler à partir de nouveau systèmes de normes, de nouveaux dispositifs intriquant justice, exécutif, législatif, psychiatrie.

S’il est difficile de penser la résistance c’est précisément parce que ces différents plans sont confondus et qu’en miroir, notre confusion est facilitée.

Le Collectif des 39 contre la Nuit Sécuritaire propose quelques pistes qui, du grain de sable dans la machine, au caillou dans la chaussure permettront d’ouvrir des espaces pour continuer à accueillir, soigner et accompagner les patients et leurs proches, espaces qui par l’adoption de cette loi subissent un collapsus.

Rappelons la devise hippocratique : « Primum non nocere », – Premièrement ne pas nuire -, et orientons nous avec cette balise antique.

Principes généraux :

– Nous refusons le climat de menace que cette loi instaure.

– Aucune de nos décisions cliniques ne va de soi, loi ou pas loi.

– Nous ne ferons pas de zèle, nous n’anticiperons pas les consignes données par la loi, nous ferons acte de résistance passive, nous trainerons les pieds pour faire au maximum obstruction.

Nous ne ferons rien pour huiler les rouages de la machine d’ici au 1er août 2011.

– Nous ferons tout pour préserver des soins anonymes et gratuits, pour éviter aux patients d’entrer dans les rouages des injonctions de soins (refus de la mise en place et de l’application de « l’identito-vigilance » par exemple)

– Nous ne nous focaliserons pas sur la question de la contrainte en psychiatrie qui, rappelons le, n’est qu’une minorité des soins prodigués.

Pour ne pas nuire :

– Conserver, coute que coute, le secret professionnel et communiquer le moins possible aux administrations avec lesquelles nous avons affaire, les éléments qui pourraient être préjudiciables pour les patients.

Nous nous engagerons à rendre la contrainte inutile dans nos pratiques quotidienne, par un engagement clinique, au cas par cas, dans des soins relationnels

–  Créer localement, avec les différents acteurs du secteur, des espaces pour de confiance avec les partenaires.

Nous ferons tout pour marginaliser cette loi en créant toujours plus de lien avec les acteurs de terrain, les patients et les familles.

Pour les psychiatres :

Ne pas nous laisser dicter notre pratique clinique par une loi anti-thérapeutique :

– Mettre le moins d’éléments « à charge » dans les dossiers médicaux et dans les certificats des patients pour ne pas lever le secret médical.

– Refuser de rendre des « avis » sur dossier sans avoir vu le patient.

– Refuser de jouer aux diseurs de bonne aventure en refusant de rendre des avis censés prédire la dangerosité ou le risque de passage à l’acte à venir.

– Refuser les vidéos – audiences avec les Juges des Libertés de manière  systématique pour tous les patients en faisant des certificats médicaux de contre-indication.

– Refuser les accompagnements de patients au tribunal qui ne sont pas en état clinique de s’y rendre (le juge doit se déplacer, ce n’est pas notre problème, nous sommes des soignants, non pas des juristes, ni des auxiliaires !). Pour des personnes en état de grande souffrance psychique, de bouleversement moral, de désorganisation mentale, au quinzième jour d’une hospitalisation imposée, sans leur consentement, se retrouver dans un Tribunal ne peut qu’aggraver les troubles psychiques, amplifier l’angoisse, provoquer encore plus de troubles mentaux.

– Lever les mesures de contrainte aussi rapidement que possible pour proposer des permissions en soins libres de plus de douze heures.

– Refuser la prescription des programmes de soin ou à minima de pas intégrer des éléments précis (comme prescription contrainte de psychothérapie, d’activité thérapeutique)…

– Au cas où les préfets refusent la sortie d’un patient : indiquer dans les certificats que l’autorité administrative prend l’entière responsabilité de la dégradation de l’état psychique du patient quand celui-ci ne nécessite plus cliniquement de mesure de contrainte.

Pour les infirmiers :

– Refuser les formations de « gestion de la violence » qui relèvent de l’idéologie anti-thérapeutique actuelle (cf. rapport de l’IGAS)

– Prendre son temps avec les patients qui le nécessitent, qui ont besoin d’écoute, d’attention de disponibilité.

– Privilégier la parole avec les patients plutôt que perdre son temps à comptabiliser les actes dans les ordinateurs.

– Fonder des petits collectifs de base dans les services et dans les hôpitaux pour se soutenir, débattre, penser et lutter contre les pratiques de plus en plus déshumanisantes : camisole de force, contentions, cellules d’isolement, protocoles abscons etc.

– Refuser d’organiser des « distractions » comme l’a proposé le Rapport de l’I.G.A.S du 31 mai 2011. Mais lutter pour instaurer et continuer les activités thérapeutiques, les ateliers de création. Nous sommes des soignants, pas de sanimateurs télés, ni des gentils organisateurs de clubs de vacances.

Pour les psychologues :

– Refuser des psychothérapies contraintes par des programmes de soin.

– Refuser d’être sous la responsabilité pleine et entière du pouvoir médical : conserver son indépendance de statut.

– Refuser d’être des experts exclusifs en thérapie brève comme le propose le décret sur les psychothérapies.

– Soutenir dans les services  le travail clinique de mise en lien et de mise en sens en tant que fondement des soins psychiques.

Pourtous les soignants :

– S’engager à ne pas signaler et à ne pas ficher avant d’avoir mis en place tout autre moyen respectueux de la dignité humaine. Le manque de moyen ou de personnels ne doit jamais conduire à la déshumanisation des relations soignantes ni au désengagement. Dans les cas extrêmes, rappeler dans un signalement « le manque de moyen et de personnel pour apporter les soins nécessaires à ce patient met en cause gravement l’ordre public »

– Lever les protocoles de soin rapidement.

-Ne pas prescrire de soins sans consentement en ambulatoire, autant que faire se peut.

– Refuser la priorité des « soins » contraints dans les Centres de consultations par rapport aux personnes déjà en soins ou venant demander à entrer dans une démarche thérapeutique, venant se soigner librement. Nous ne nous ferons pas imposer l’abandon de la continuité des soins déjà entrepris.

– Faire des visites à domicile autant que les moyens le permettent pour éviter aux patients et à leur famille d’avoir à faire aux « brigades de chocs ».

– Répondre aussi rapidement que possible aux situations qui risquent d’aboutir à des « soins » sans consentement  en ambulatoire.

Au niveau général, nous solliciterons :

– Le Conseil de l’Ordre pour la levée du secret médical, lors des audiences judiciaires et dans les casiers psychiatriques qui se créent.

– La CommissionEuropéenne des Droits de l’Homme pour la mise à mal de l’inviolabilité du domicile et la mise à mal de la liberté de circulation.

– Le Conseil Constitutionnel en soutenant les questions prioritaires de constitutionnalité et les recours possibles présentés par les patients ou leurs familles.

Le Collectif des 39 s’engage à soutenir les professionnels et les équipes qui seraient mis en difficulté, ou menacés, pour vouloir mettre l’éthique des soins en priorité avant la pratique de cette loi indigne.

A l’automne, le Collectif des 39 organisera un nouvel événement politique et culturel pour l’accueil et l’hospitalité pour la folie et pour faire le point sur les difficultés rencontrées à partir du premier août et sur les modalités de résistance mises en œuvre.

Collectif des 39 contre La Nuit Sécuritaire.

http://www.collectifpsychiatrie.fr

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