L’Affaire Dreyfus ne doit pas être un symbole de toutes les injustices

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http://leplus.nouvelobs.com/contribution/157212;l-affaire-dreyfus-ne-doit-pas-etre-un-symbole-de-toutes-les-injustices.html

Que ce soit Dominique Strauss-Kahn ou Omar Raddad, le sort des personnes victimes d’une potentielle erreur judiciaire est régulièrement rapproché de l’Affaire Dreyfus. Et si c’était le signe qu’on ne sait plus comment parler des croyances en toute quiétude ?
Sélectionné et édité par Amandine Schmitt

Après que ce militaire fut, en 1884 accusé à tort de haute trahison, dégradé de son rang de capitaine d’artillerie puis déporté sur l’île du Diable en Guyane, il fut finalement blanchi et réhabilité.
Dreyfus
Carte postale évoquant le séjour du capitaine Dreyfus sur l’île du Diable en Guyane.

Condamné, à tort, dans un climat d’antisémitisme, son innocence et sa réhabilitation vont conduire pour la première fois à l’inscription du principe de laïcité dans la loi en 1905. Désormais, la neutralité de la puissance publique en matière religieuse sera de mise.

Mais limiter l’Affaire Dreyfus à un simple conflit juridique, teinté d’antisémitisme serait réduire une affaire judiciaire, politique et religieuse à ce qu’elle n’est pas : un vulgaire cours d’histoire dispensé aux collégiens d’aujourd’hui.

Pourtant, dans les plus hautes sphères de la politique ou de la culture, l’Affaire Dreyfus reste un emblème de l’injustice que l’on ressort à toutes les sauces. Ainsi, DSK devient un nouveau Dreyfus dans la bouche du sénateur Jean-Pierre Chevènement. Plus récemment encore, c’est Omar Raddad, jardinier accusé à tort du meurtre de sa patronne qui devient l’étendard de l’Affaire Dreyfus, telle qu’elle « pourrait » se reproduire dans notre monde contemporain selon les journalistes.

 

Avec la sortie du film de Roschdy Zem et la procédure de révision en cours de demande pour son procès, Omar Raddad est constamment comparé à Alfred Dreyfus. Son origine ethnique et sa religion sont montrées du doigt comme ayant favorisé son incarcération, bafouant ainsi les principes laïcs de la justice française. Pourtant, là aussi l’affaire ne se résume pas à cette allégation, mais repose sur un faisceau de faits, de présomptions et d’étapes de l’enquête, menées correctement ou non et qui ont conduit le jeune jardinier devant les assises des Alpes-Maritimes en février 1994.

Tirer à boulets chargés contre le principe de laïcité et se servir de Dreyfus comme d’un symbole réutilisable pour chaque injustice reflète aujourd’hui un mal contemporain : celui de ne plus savoir comment parler, au sein de la sphère publique, des religions et des croyances.

Pourtant dans le bourbier politico-religieux, un clan politique s’en sort toujours. Ainsi Marine Le Pen compte bien, au milieu de cet imbroglio politique, tirer son épingle du jeu et se réapproprier la laïcité comme étant la valeur motrice du Front National : violer le principe de laïcité devient financer des mosquées dans la bouche de la présidente du parti.

C’est en usant et abusant des amalgames entre l’Affaire Dreyfus et les injustices contemporaines, que les médias desservent la laïcité en préparant le terrain du Front National pour 2012.

Pour mieux comprendre l’affaire Dreyfus, ses répercussions contemporaines et ce qu’il reste de l’engagement dreyfusard aujourd’hui, les plus grands spécialistes de l’affaire se retrouveront la semaine prochaine dans les lieux emblématiques (École Militaire, Cour de Cassation, Palais du Luxembourg..). Une bonne occasion de se replonger dans cette affaire, pour éviter les confusions et les interprétations du principe de laïcité dans notre démocratie.

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