Les enfants ont besoin d’amour et non pas d’être forcés à la performance.

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http://blogs.mediapart.fr/blog/christianepicurien/030811/les-enfants-ont-besoin-d-amour-et-non-pas-d-etre-forces-la-perfo

Les enfants ont besoin d’amour et non pas d’être forcés à la performance

«Aujourd’hui, on encourage toujours plus tôt les enfants: la nage pour bébés, les jardins d’enfants bilingues, les cours de musique déjà avant l’entrée à l’école – tout cela motivé par le souhait de créer pour l’enfant dès le début une position de départ optimale. Mais est-il vraiment bien de confronter les petits déjà si tôt à un emploi du temps rempli?» (Wolfgang Bergmann dans le texte du rabat de son livre).

ds. Des concepts d’aide à la petite enfance, enseignement de soutien à l’école maternelle et avant la maternelle, une entrée à l’école toujours plus avancée, un apprentissage précoce de l’anglais et du chinois, des entraînements de motivation et toutes sortes de choses semblables dominent les concepts de formation publics et privés d’encouragement précoce. Déjà chez les plus petits, des standards de formation mesurables et calculables sont fixés, dont l’atteinte est décisive non seulement au-delà de la carrière scolaire mais souvent aussi pour le bonheur et le malheur dans la vie. Il ne faut pas s’étonner que les parents se sentent obligés d’apprendre la lecture et l’écriture à leurs enfants avant leur entrée à l’école.
«Laissez vos enfants en paix!», c’est ce qu’exige par contre Wolfgang Bergmann, scientifique en matière d’éducation et psychologue pour enfants, décédé en mai dernier, dans son livre intitulé ainsi avec le sous-titre «Contre la folie de l’encouragement précoce dans l’éducation» (Munich 2011, ISBN 978-3466-30908-5).
Les enfants ont besoin d’«amour et non pas d’être forcés à la performance». Ils ont besoin de temps et de loisirs, et ils ont besoin de reconnaissance et non pas de continuelles leçons pour découvrir le monde et pouvoir se familiariser avec lui. C’est seulement ce qu’ils «perçoivent, respirent et retiennent» intérieurement qui développe leur confiance en soi et leur confiance dans le monde et leurs semblables. «Un nouveau-né et un petit enfant nécessitent des soins, de la nourriture et de la chaleur – ici, ils ne se distinguent pas d’autres nouveaux-nés. Mais un petit être humain a besoin de plus, il a besoin de reconnaissance.» (p. 13)
Pourtant, la pédagogie d’encouragement précoce pour les petits pratique «exactement le contraire». C’est une pédagogie «qui, au niveau du style et du contenu, ne s’oriente pas selon l’enfant, mais aux formes d’apparition de l’économie financière».
Si l’on regarde exactement l’autopromotion des écoles maternelles, on constate rapidement «que tout cela est finalement vide et pauvre en sentiments. Est-ce à cela que l’avenir social de nos enfants doit ressembler – basé entièrement sur la compétition…? Qui est meilleur que l’autre (quelle que soit d’ailleurs la signification de ‹meilleur›)? La vie psychique de nombreux enfants, qui s’oriente selon de tels modèles, est en grande partie construite sur une pure représentation. Pas sur une sûreté intérieure. Sur une autopromotion propre et scintillante, exercée et apprise déjà à un âge aussi précoce, et pas sur la certitude du sentiment d’être aimé.» (p. 22)
Bergmann écrit que «bien sûr, les parents modernes aiment aussi leurs enfants», mais cet amour semble souvent étouffer sous les contraintes de performance que les parents n’arrivent même pas à discerner ainsi que sous leur propre égocentrisme, et ainsi les enfants deviennent des objets modèles. «Ils doivent montrer à tout le monde, à la maîtresse d’école maternelle, aux autres parents et à qui que ce soit qu’ils sont des enfants tout à fait particuliers, parfaitement encadrés, aimés et choyés. […] Outre l’ambiance de pression, dans laquelle les enfants sont forcés beaucoup trop tôt, s’ajoute le fait qu’ils sont gâtés. Ce mélange est diabolique.» (p. 41)
Plus les enfants sont choyés, plus ils manquent d’autonomie, moins ils croient en leurs capacités et plus ils paraissent être sans entrain.

Regarder les choses avec amour

«Nos erreurs d’aujourd’hui aboutiront demain à une société fortement sensible aux conflits. Nous disposons d’innombrables diagnostics psychiatriques, mais ils ne disent pas grand-chose sur la qualité et l’histoire antécédente des conflits.» (p. 21)
Jamais les enfants n’ont été autant observés par des spécialistes et saisis statistiquement dans leurs étapes de développement. «Jamais, aucune connaissance minime n’a été transmise aux parents sous forme de barême et normes par les médecins et les écoles. […] La plus petite déviation est enregistrée avec inquiétude, chaque différence minime pèse comme un reproche fautif sur les jeunes parents.» Sous le regard soucieux permanent, les parents perdent leur intuition pour leur enfant. L’enfance moderne est menée par des parents sans orientation et en même temps liés démesurément à leurs enfants.
Wolfgang Bergmann anime à regarder les choses avec amour. Il écrit que l’«amour est une forme de regarder les choses qui ne peuvent pas être aussitôt classées et partagées, mais d’abord et avant tout éprouvées.» On doit réapprendre l’étonnement devant le miracle de la vie, avant de juger, de classer et d’éduquer. L’éducation a besoin de patience et de temps, doit permettre des «détours». L’éducation et la formation sont trop complexes – avant tout face aux «courses économiques et culturelles déroutantes» pour que l’on puisse marcher directement vers l’objectif d’apprentissage, comme si on avait effectivement des «bottes de marche psychiques» aux pieds. C’est seulement à travers l’amour que nous puisons du courage pour l’éducation. «Je veux dire: la confiance vient du courage. Le courage c’est l’amour et l’espoir. Tout deux sont devenus difficiles, nous en savons si peu de l’avenir et tentons de l’accaparer sans faille, de le rendre disponible pour nous et nos enfants. Et alors tout devient faux, tout ce qui est réel devient une couverture, les choses et les êtres ainsi que les événements deviennent du matériel d’apprentissage pur, dans lesquels les sentiments ont complètement disparu.
Pouvons-nous alors transmettre à nos enfants la confiance, confiance en eux-mêmes et en leur vie, donc dans l’avenir? Oui, nous le pouvons. Mais certainement pas à travers un encouragement précoce et pas non plus en étant toujours derrière eux ou en emballant leur vie dans des objectifs planifiés et ‹raisonnables›.» (p. 48)
Comme principe, Bergmann formule: «Ne mettez pas les mains sur tout ce qui ne se laisse pas épanouir de manière organique à partir du monde empirique actuel des enfants. Cela vaut pour les enfants de cinq ans et pour ceux de deux ans encore plus.» (p. 65)

Que veut dire «apprentissage véritable» ou «bonne formation»…?

Dans la deuxième partie du livre, Wolfgang Bergmann s’occupe de la question de savoir comment un enfant apprend aussi, outre la singularité des choses et leur rapport entre elles, ce que c’est que la communauté. Ici, il s’appuie sur Immanuel Kant et Friedrich Fröbel. Kant, le philosophe, qui remplace l’image sombre de l’homme datant du Moyen-Age par une «vue plus lumineuse sur l’aptitude culturelle du genre humain». Fröbel, le révélateur et l’inventeur du jardin d’enfants, qui à partir de l’affirmation de base de Kant, développa sa compréhension de l’apprentissage et de la formation. Bergmann écrit: «Tout commence avec le grand philosophe du temps des Lumières, Immanuel Kant. Nous tous, nous nous tenons mentalement et psychiquement sur les épaules de ce grand penseur. Friedrich Fröbel pratiqua cela. Sa pédagogie sort de l’esprit du temps des Lumières.» (p. 85) Il soutenait comme Kant la thèse selon laquelle tout l’individuel, «même celui d’un petit enfant, est déjà axé sur la communauté.» Tous deux comprenaient l’être humain en tant qu’être social.
Depuis, cela n’a pas beaucoup changé. Au contraire, les concepts de formation et d’apprentissage de la pédagogie superficielle d’encouragement précoce si moderne conduisent, avec leur égocentrisme, à un retour avant Kant et Fröbel. «Nous étions déjà plus loin.»
Tout ce qu’on perçoit et apprend se construit d’après Kant à partir de «certitudes intérieures»: «Un enfant, qui a pu vivre beaucoup de confiance originelle, entreprend joyeusement la découverte aventureuse, parfois étonnante, parfois triomphante du monde. Il ne s’agit pas de reproduire des faits concrets, mais seulement que s’étende en lui un sens pour l’existence et la beauté du monde. Tout commence ici.
Si chez papa et maman, une sûreté acquise fiable et profonde est ancrée au centre de l’expérience enfantine, alors la compréhension des choses du monde et des êtres se construira également de manière fiable.»

Bergmann écrit que «si, cependant, ces ‹certitudes› sont incertaines où fragiles, l’expérience et l’apprentissage restent aussi fragiles et fragmentaires». (p. 89) La confiance initiale est donc la condition qui précède l’apprentissage.
La bonne formation enseigne à comprendre le monde et le ressentir. Ressentir et comprendre sont liés inéluctablement. Les sentiments sont tout autant appris que la compréhension du monde. L’apprentissage est un processus actif et créatif dans lequel chaque enfant invente son propre monde. En même temps, la découverte du monde est «toujours aussi la recherche de ses propres aptitudes.»
Dans l’amour, Bergmann voit le pont le plus fort entre l’égocentrisme de l’enfant et la communauté. La sécurité et l’amour permettent dans la jeune enfance de développer «la générosité du cœur», la bonne éducation, qui est capable et prête à prendre des responsabilités. A partir de chaque apprentissage, qui revendique le nom d’«éducation», doit toujours s’élever l’idée de la responsabilité humaine. L’éthique et l’action et le savoir créateurs ne doivent pas être brisés. Ils appartiennent aux mêmes développements humains. Cela vaut aussi pour les enfants de trois et quatre ans. C’est en vain, que l’on peut rechercher tout cela dans les concepts de promotion précoce; au contraire, ils développent des sentiments de concurrence et de peur et empêchent le véritable apprentissage. Bergmann conseille de les abolir tout simplement.
«Laissez vos enfants en paix!» est un livre digne d’être lu et qui incite le lecteur à la réflexion sur la propre enfance vécue et sa propre représentation de l’éducation et de l’apprentissage; il peut bien être utilisé par les parents dans leur travail éducatif.    •

Apprendre de manière intelligente…!

Les «certitudes intérieures», ce sont, d’après Kant, les certitudes de vie acquises très tôt, qui résultent immédiatement de l’attachement à maman et papa. Ce sont elles seulement qui font naître le courage et la confiance de l’enfant dans son propre avenir. Elles sont le fondement de la foi dans ce qui est le bien, dans ce qui est moral. Elles sont les promotrices de tout ce qui fait l’Homme.
On ne peut pas apprendre de manière raisonnable et il n’y a certainement pas de culture sans les «forces de l’âme» – un autre terme central pris dans les idées de Kant sur la formation –, qui doivent avoir toujours un degré de certitude propre à chacun. Un petit enfant éprouve le besoin de rencontrer à chaque pas des choses familières, il doit pouvoir reconnaître des espaces et des visages, des corps et des voix.
C’est sur cette base que l’enfant prend le courage de dépasser ce qui lui est connu et familier, de vouloir savoir encore davantage qu’il ne sait déjà, et d’acquérir des correspondances plus étendues, bien que son petit esprit ne sache pas encore les saisir. La curiosité enfantine est courageuse, la soif des enfants de découvrir le monde est presque irrésistible. Et de cette manière une perception cherchant l’aventure et le bonheur, la beauté et la forme est développée dans tous les enfants
Le monde est compréhensible, il peut être clair et lumineux, si un esprit plein de confiance, dans l’enfant, s’y applique.

Toute la philosophie classique des Lumières, en ce qui concerne ces idées, est très large et très géniale, et a trouvé des propositions merveilleuses pour le désigner. Ce ne sont que les pédagogues de notre ère, et beaucoup de scientifiques, qui demeurent vagues et em­pêtrés dans les chiffres, face à ce riche fonds de la vie.
Toute l’histoire des idées et pensées de l’humanité est structurée selon cet ordre, d’abord des relations d’attachement, ensuite la découverte des particularités du monde. Et au milieu de tout cela, la connaissance renversante que nous-mêmes – l’enfant avec sa volonté qui brave tout – sommes finalement des êtres communautaires.

 

(Wolfgang Bergmann, «Lasst eure Kinder in Ruhe! Gegen den Förderwahn
in der Erziehung», p. 90)

Regarder avec étonnement et admiration.

Jésus était homme et Dieu à la fois, mais chaque enfant l’est aussi à sa manière. Chacun est une personne seule et cons­titue une individualité, impliquant toute l’humanité et partageant son mystère. Est-ce qu’un regard pareil relève du clinquant, de la sentimentalité ou bien de l’imprécision? J’en doute.
Regardons les enfants avec des yeux étonnés et admiratifs, et reconnaissons en eux en même temps «notre enfant intérieur», une part de nous-mêmes et une part de cet amour infini qui embrasse tous les enfants, si les parents ne s’y refusent pour certaines raisons. Ainsi nous aurons atteint cette unité dont parlent les Evangiles: être homme et dépasser l’humanité vers l’immortalité, vers ce qui est uni­versel et éternel. Et qu’est-ce qui est le lien entre les deux…? Saint Paul le dit et Jésus le dit également: l’amour. Cela est compris par qui le comprend. Et qui ne le comprend pas, ne le comprendra jamais.
(Wolfgang Bergmann, «Lasst eure Kinder in Ruhe! Gegen den Förderwahn
in der Erziehung», p. 139)

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