« Redoubler n’est pas une punition ! »

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Redoubler serait-il une exception culturelle française ? La France serait en cinquième position des pays où l’on redouble le plus d’après une étude de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), publiée en juillet 2011. Toujours est-il que cette synthèse pointe du doigt non seulement l’inefficacité des redoublements mais aussi leur coût économique pour la collectivité, soit entre 8.000 et 10.000 euros par redoublement par an en collège et lycée. Même pendant les grandes vacances scolaires, l’éducation reste en France un sujet toujours passionnel, suscitant de forts clivages entre professeurs, parents et enfants, qui dénoncent « une année pour rien » ou militent pour une seconde chance…

« Il faut arrêter de le présenter comme une mesure d’orientation! »

37% des écoliers français âgés de 15 ans déclarent avoir redoublé, d’après les chiffres de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Une situation qui place l’Hexagone dans les pays où les élèves redoublent le plus, derrière la Chine, la Tunisie, le Brésil ou l’Uruguay. La synthèse en question (lire ici) révèle aussi que les pays où les élèves redoublent le plus, seraient également ceux où les élèves seraient les moins performants [ndlr : l’OCDE se base sur les résultats des élèves au test du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa), effectué en 2009.]

« Le redoublement n’est pas quelque chose de productif pour l’élève ou alors très rarement. Il faut arrêter de présenter cette pratique comme une solution d’orientation », affirme clairement François Riotte, vice-président départemental de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) de Côte-d’Or. D’après ce dernier, le redoublement est d’abord vécu comme un échec par les enfants. De plus, « l’intégration de l’enfant redoublant dans sa classe est en fait rarement propice à une seconde chance », estime François Riotte.

Tel n’est pas l’avis de Karim Biaci, qui a échoué au bac littéraire la première année. « A 18 ans, je manquais de maturité, je faisais partie d’un groupe de copains où l’on ne travaillait pas beaucoup. Le jour des résultats du bac, j’ai ainsi reçu une claque en plein figure et je me suis remis en question. De là est née la motivation d’avoir mon bac ». Le jeune homme explique que dès le début de l’année du redoublement, il s’est mis à « travailler autrement » et que cette nouvelle année lui a permis de « comprendre des choses qu’il n’avait fait qu’effleurer » et qu’elle pas pas été une année désagréable.

« Mettre l’argent consacré au redoublement dans autre chose »

François Riotte reconnait qu’il faut considérer la situation de chaque élève au cas par cas. Il estime cependant que les redoublements fructueux sont ceux plutôt des exceptions qui confirment la règle. Très vite, la question du coût financier s’invite dans le débat. « Il serait plus judicieux que l’État mette les moyens qu’il consacre au redoublement dans un système permettant aux enfants d’avancer à leur rythme (classes à effectifs réduits, groupes de niveaux). Lorsque l’État oublie de mettre les moyens, il n’est pas étonnant que nous récoltions quelque chose d’imparfait ».

D’après le représentant de la FCPE, un redoublement en collège ou lycée coûterait en effet de 8.000 à 10. 000 euros par an par enfant pour des résultats peu probants. « Attention à ne pas utiliser les conclusions de cette étude pour justifier de nouvelles mesures de réduction des budgets de l’Éducation nationale pour faire des économies insiste Marie*, professeur de français dans le Val de Saône. [ndlr : Avec le principe du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, ce sont 16.000 suppressions de postes qui sont attendues à la rentrée 2011].

« Le redoublement est soumis à tout un ensemble de critères – capacités de l’enfant, motivation, objectifs, avis de la famille, etc. On ne décide pas seuls à la va-vite. Pour des élèves qui ont eu des difficultés dans leur milieu familial ou des problèmes de santé ponctuels, oui, j’estime que le redoublement est une seconde chance », affirme avec conviction la jeune femme.

Des quotas de redoublement pour raisons d’économies ?

« Aujourd’hui, les chefs d’établissement ont plutôt des quotas à faire respecter pour que les élèves redoublent très peu, pour des raisons budgétaires. Il est des élèves que nous laissons circuler pour qu’ils sortent au plus vite du système scolaire qui ne leur plait pas et ne leur convient pas. Il faut donc être prudent quand on parle de redoublement abusifs. J’ai entendu des parents me dire : On voulait que notre enfant redouble mais ça n’a pas été possible ! ».

Quoi qu’il en soit, d’après les chiffres repris dans l’étude de l’OCDE, plus de 97 % des élèves finlandais de 15 ans déclarent n’avoir jamais redoublé, [ndlr : le système éducatif finlandais étant parallèlement considéré comme l'un des plus efficaces].

Jeanne Ledoux, représentante de parents d’élèves dans un collège à Paris, assiste aux conseils de classe. « Les élèves auxquels il est proposé le redoublement sont ceux qui ont du potentiel mais qui pour une raison ou une autre n’ont pas profité de leur année scolaire. Je vois souvent des parents qui n’acceptent pas la perspective d’un redoublement de leurs enfants. Mais à mon avis, la  meilleure solution, sinon l’unique, pour les enfants en difficulté est l’aide individualisée ; les autres mesures d’accompagnement ne sont que de la poudre aux yeux ! ».

*Dans un souci de confidentialité, le nom de l’intervenante a été modifié.

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