L’antiracisme est-il du racisme ?

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Les livres, articles de journaux, émission de télé, les sites Internet, sont légions à dire haut et fort qu’il faut combattre le racisme. Et, en même temps celui-ci ne fait qu’augmenter.

Plus on lutte contre le racisme, plus il semble proliférer.

Claude Lévi Strauss nous avait pourtant averti : la banalisation et l’application inconsidérée de la notion de racisme risquait d’aboutir « au résultat inverse de celui qu’on recherche ».

Un sondage CSA des 22 et 23 février 2006 pose la question : « Pensez-vous qu’il y a en France une montée du racisme ? » à laquelle 69% des français répondent : oui.

Alors que font toutes ces associations qui luttent contre le racisme ET l’antisémitisme depuis si longtemps ?

Quand on regarde la bibliographie sur le sujet, ou quand on se promène sur les sites consacrés au racisme et à ses différentes formes, on ne trouve pratiquement que des propos contre le racisme. Il faut aller dans l’arrière-boutique de certains forums pour trouver des personnes avouant clairement qu’ils sont racistes.

Mais là, sous couvert d’anonymat, les propos sont parfois très corsés. Voir, par exemple les échanges dans le forum Yahoo consacré au sujet.

Il faut aussi lire les résultats de certains sondages anonymes qui montrent que plus de 30% des français se disent racistes.

Il est clair que le raciste c’est souvent l’autre, comme le montre un autre sondage CSA dans lequel 74% personnes interrogées pensent que « certaines personnes voient leur carrière handicapée par leur origine ou par leur couleur de peau », mais seulement 24% de ces mêmes personnes pensent qu’il en est aussi ainsi dans LEUR entreprise. Comme un bémol !

Comme le dit Christian GODIN : « On peut en premier lieu constater un contraste entre d’une part le caractère évident de l’ignominie raciste, et d’autre part le caractère répandu, banal, peut-être universel du racisme » ([1]).

Ici, l’Ecole de Palo Alto nous souffle une explication possible. Elle montre en quoi parler de son ennemi lui donne des forces. Penser à ses soucis les aggrave, penser qu’il faut dormir nous tient éveillés… etc. Pour combattre une idée, voire même une personne, il est souvent plus efficace de n’en point parler, de l’ignorer, de la boycotter. Cette école de pensée et de thérapie qu’est Palo Alto, montre à l’évidence que beaucoup de problèmes et de conflits peuvent se résoudre d’eux-mêmes en évitant de les traiter. Notre bon sens y perd quelque peu de ses croyances, mais notre bon sens nous trompe tellement souvent !

Pour nous, observateurs spécialisés en analyse relationnelle, il est clair que l’anti-racisme militant exacerbe fortement le sentiment de racisme. Les actions de ces groupements, par leur redondance et leur répétitivité, finissent par agacer certaines personnes, et aussi, à la longue,  par banaliser les propos anti-racistes.

Nous observons là les deux effets contraires bien connus en communication :

1. Ce dont on parle se met à exister plus fortement que si on l’ignorait.

2. Ce dont on parle tout le temps finit par ne plus être entendu.

Christian évoque Pierre-andré Taguieff :
« Car, de même que la lutte contre les préjugés ne va pas sans préjugé, la lutte contre le racisme n’est libre des vices dénoncés par elle » et encore :

« L’antiracisme partage avec le racisme l’amalgame, il se montre la plupart du temps incapable d’établir les élémentaires distinctions et les non moins élémentaires hiérarchies. »

Il est certain qu’un grand nombre de personnes, en France comme ailleurs, finissent par devenir racistes (nuançons : sur certains points et vis-à-vis de certains peuples), en partie parce qu’ils en ont assez d‘entendre parler de recrudescence du racisme, alors que cela ne correspond nullement à leur vision naïve de ce qu’ils voient autour d’eux.
Encore Christian Godin :
« L’effet pervers de l’antiracisme est de faire de la question raciale une obsession. Le risque est grand de voir ainsi l’antiracisme attiser les guerres culturelles et idéologiques qu’il prétend apaiser»
Quant à cette fameuse recrudescence, elle est tout sauf prouvée. On peut certes parler d’une recrudescence des antiracistes et des émissions de télé sur le sujet. On peut parler d’une plus grande résonance donnée aux événements dits racistes dans les journaux, de l’apparition d’une de la grande sensibilité sur ces sujets.

En effet, la vraie raison pour laquelle on parle souvent de recrudescence du racisme, est que le seuil de tolérance vis-à-vis des actes ou paroles, qui pourraient paraître racistes, a considérablement baissé ces dernières décennies. De même que le cholestérol a augmenté en tant que maladie quand les organisations mondiales de la santé ont baissé le seuil normal du cholestérol, le racisme a augmenté quand on a fini par ne plus supporter aucune critique, aucune parole malveillante sur les autres. Evidemment, si je considère que j’ai grossi quand j’ai pris 100 grammes, alors je grossis la plupart des jours !

Il semble loin le temps où France-Soir titrait : « Bataille de nègres à Paris », un de ces nègres étant Sidney Bechet ! Mais, c’était dans les années 1945, donc pas si loin que ça.

Il est clair que les associations anti-racistes font un travail admirable qu’elles sont bien intentionnées, mais en situant leur combat  surtout au niveau des idées, de la Carte comme diraient les adeptes de la Sémantique générale, elles rendent leurs actions aussi peu efficaces. A tel point même qu’on peut se demander si elles n’augmentent pas l’importance de ce qu’elles veulent combattre.

Combattre le racisme est affaire de terrain, ce doit être un combat de rues, pas un combat d’idées. Et cela demande la création de stratégies nouvelles, dont nous donnerons quelques idées en fin de parcours.

Christian Godin encore :

« Tout comme l’antiracisme militant, la législation antiraciste se voit contrainte d’accorder une réalité objective à un fantasme (celui de race) qui est au cœur de l’imaginaire et du comportement racistes. »

Depuis que l’antiracisme existe, on constate que les réfutations rationnelles, ni les sanctions de plus en plus sévères, n’ont de prise véritable sur le mental de nos contemporains. Notre perception reste la même ; ce que nous voyons nous semble plus vrai que tous ces beaux discours d’intellectuels. Oui, le concept de race n’est pas scientifique, oui nous appartenons tous à la même humanité, oui, mais… quand même, je vois ce que je vois. Et je pense ce que je veux.
Voilà comment la plupart d’entre nous raisonne, ou a raisonné au moins une fois dans sa vie.


[1] Le racisme, Editions du Temps, page 3

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