Conclusion : combattre le racisme ?

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Résumons la thèse défendue dans ce petit livre. Je rappelle qu’il s’agit plus de l’application d’une manière d’analyser que d’un étalage d’opinions personnelles. En fait je n’ai pas d’opinions personnelles vis-à-vis du racisme, et s’il fallait me classer, il est certain que je n’irai pas rejoindre ni les rangs des racistes, ni ceux des anti-racistes. Tout choix dualiste contient sa propre imbécillité. La vie des hommes en relations est infiniment plus complexe qu’un « ou bien – ou bien ».

Ma thèse s’articule autour des points suivants :

1. Le racisme étant un sentiment de différence généralisée servant à déprécier l’autre et ses semblables, il est quasi inévitable. Nous sommes tous plus ou moins racistes, quand nous abaissons le seuil de tolérance. Par exemple, si l’on considère que préférer nos coutumes à celles des aborigènes d’Australie c’est du racisme, alors nous le sommes tous. Et les touristes qui donnent des stylos billes par la fenêtre de leur car climatisé, ne se comportent-ils pas aussi en racistes… Mais, il suffit de remonter la barre de la tolérance aux propos racistes, de repousser la frontière au delà de laquelle nous sommes considérés comme des racistes, de la fixer par exemple aux insultes, ou aux coups portés sur l’étranger, alors, les racistes seront tout de suite moins nombreux. La plupart des français n’aiment guère les étrangers, on l’a vu, mais la plupart acceptent toutefois de leur parler et de les fréquenter, jusqu’à une certaine limite. En fait, et ce sera le fil conducteur de toute la collection : on ne peut parler du racisme en général, mais des racismes (ou racistes) en particulier.
2. Le racisme est un processus cognitif, la résultante de généralisations, de biais et de tunnels mentaux. Il suffirait d’apprendre à nos contemporains à organiser leurs idées autrement, à ne plus généraliser, à respecter les niveaux d’abstraction de leurs opinions, à ne plus confondre l’exemple avec la preuve, et veiller aux respect des statistiques… bref à pratiquer ce que Baillargeon ([1]) appelle l’autodéfense intellectuelle, pour faire diminuer le racisme rapidement. Mais, tant que notre logique pour analyser es évènements sera booléenne, et dualiste en termes de : oui ou non, le racisme naîtra facilement dans nos esprits, à la moindre observation.
Le racisme  vient très vite, mais ne repart que lentement. Car il faut faire un effort de pensée et contrôler ses sentiments pour ne plus être raciste. Il faut apprendre à ne plus faire de différences de traitement dans nos relations avec les autres, tout en reconnaissant que les différences culturelles existent. Une différence est toujours préférable à la monoculture, à la fameuse mondialisation. Mais une différence n’est pas une inégalité. Et même si l’on parle d’inégalité ([2]) entre les peuples, il faut, là encore préciser : inégalité sur quels points ? Mais, tant que ce processus cognitif ne sera pas cassé, aucune lutte contre le racisme ne sera efficace. Aujourd’hui quand on entend dire un blanc à un autre blanc de souche : « Sale con ! » on pense qu’il est en colère… mais s’il dit : « Sale con » à un … (ici remplissez les pointillés avec ce que vous voulez qui représente un autre peuple), on le traite de raciste. Voilà le tunnel mental, qui fait que ce problème perdure, que les mouvements anti-racistes ont du grain à moudre, et que nos gouvernants reprennent sans cesse la plume pour nous pondre encore des lois liberticides à partir d’une réalité virtuelle qu’ils ont eux-mêmes inventée : la recrudescence du racisme.
3. En conséquence, il existe des degrés dans le racisme : il n’y pas des racistes d’un côté et des non-racistes de l’autre, mais une échelle fictive de 0 à 100 sur laquelle chacun se positionne, ici et maintenant, que tout cela est très mouvant et peut facilement basculer d’un pôle à l’autre.
4. C’est ainsi que les méthodes utilisées à ce jour par les mouvements anti-racistes, consistant à lutter contre le racisme, ne peuvent que lui donner un peu plus de vigueur. Il peut paraître curieux et incompréhensible que les groupes luttant contre le racisme avec l’aide active des gouvernements du monde entier, soient si nombreux et fassent autant de bruit, et qu’en parallèle le racisme ne cesse d’augmenter, dixit ces mêmes groupes. N’est-ce pas un aveu d’impuissance ? Mais, n’ayant pas lu les ouvrages de l’Ecole de Palo Alto, et n’ayant aucune connaissance de la Sémantique Générale, ces groupes insistent et font toujours plus de la même chose.

Ils n’ont pas compris deux choses fondamentales : penser vouloir éteindre définitivement le racisme chez les hommes est une utopie et il ne faut pas poursuivre une utopie au risque d’y perdre la santé et la vie. Cette lutte est perdue d’avance, sinon ça se saurait. Et, deuxièmement, il ne faut pas dire lutter CONTRE le racisme mais travailler POUR instaurer des nouveaux comportements chez nos compatriotes. Lutter contre une idée lui donne de la vigueur, alors que faire naître des idées et des comportements contraires, les fait mourir à terme.

5. Dans le même ordre d’idées, les sanctions exagérées des gouvernements contre les propos et les actes qu’ils nomment racistes, ne peuvent qu’augmenter la rancoeur des plus racistes d’entre nous. Je crois que là, il est urgent de remonter la barre de la tolérance plus haut et de ne punir que les cas graves, notoirement racistes : les coups, les actes de violence physique, mais laisser les gens s’exprimer, même si ils s’expriment de façon méprisante pour une certain communauté. C’est un paradoxe mais je suis convaincu qu’il faut cesser de lutter contre le racisme si on veut commencer à l’éradiquer.
6. Enfin, parce qu’il faut bien finir provisoirement, je me refuse à prendre en considération tous les propos des anti-racistes,  tant qu’ils n’accepteront pas d’élargir le débat,  à l’ensemble des racismes de tous les peuples. Le racisme en France, c’est le racisme des blancs certes, mais aussi des juifs, des arabes, etc. Pour être raciste envers quelqu’un, il faut au moins être deux, ou plus, et quand on est deux c’est la relation qui doit être étudiée. Comment se comporte chaque protagoniste et non pas un seul. C’est ainsi, par exemple  que l’agression du pauvre Rudy, ne peut être seulement une agression antisémite, mais une lutte de deux racismes s’affrontant dans la rue et la vérité se situe quelque part dans les propos des deux adversaires. Et il ne faut faire rejaillir ces faits racistes sur ceux qui n’étaient pas là. Il faut refuser le tour de passe-passe des autorités nous parlant d’une recrudescence du racisme en France en faisant porter le chapeau à la race blanche. La bagarre de rue qui nous a servi d’exemple, comme les bombes de la rue Copernic et bien d’autres faits, sont des faits racistes exprimant des haines dans lesquelles nous ne sommes guère mêlés, nous les visages pâles. Et dire le contraire c’est de la leucophobie.
Mais finalement, oui, c’est de notre faute quand même, car nous avons un gouvernement qui, malgré  sa puissance et le grand nombre de ses sbires, ne s’est toujours pas montré capable de traiter le problème à partir des faits au lieu de le traiter à partir de bonnes intentions et à partir d’abstractions. Il faut parfois réfléchir avec sa tête et pas seulement avec son cœur ou son intérêt. Ceci dit, notre président nous a montré un bon exemple de lutte contre le racisme, qui comme je l’ai dit doit être la création de nouvelles relations, en nommant au gouvernement des têtes étranges venues d’ailleurs, venues des minorités visibles comme le disent de façon ridicule nos journaux télévisés. Il a plus contribué efficacement à la lutte contre le racisme que toutes les criailleries des associations anti-racistes, pour lesquelles, il ne faut pas l’oublier, le racisme est le fond de commerce.

En conclusion de la conclusion, je voudrais m’exprimer conformément aux propos tenus dans ce livre : de façon concrète. Je voudrais juste dire que la simple application de la méthode qui est la nôtre ouvre quelques voies pour diminuer les blessures dues au racisme :
1. En premier lieu, il faut bannir les stratégies d’antagonisme, qui consistent à « lutter contre » (le racisme, la guerre…) pour les remplacer par des démarches affirmatives et positives. J’explique : lutter contre le racisme c’est encore se référer au racisme, alors que créer de nouvelles relations entre les français c’est aller vers un ailleurs différent.

2. La stratégie doit commencer par des changements au niveau des individus. Arrêtons la création de multiples commissions, la création de nouvelles associations, car tout ceci possède des effets pervers que l’on connaît bien. Une association qui lutte contre quelque chose, même si elle est bien intentionnée, a besoin, pour continuer à exister que le problème qu’elle traite perdure.
Cependant, malgré le pessimisme ambiant de mon livre, j’observe de ci de là des initiatives positives pour bien traiter et calmer le jeu du racisme. Quand un éducateur crée une équipe de football mixte, quand un chef d’orchestre réunit par moitié des musiciens juifs et des musiciens palestiniens, quand on fait faire quelque chose de concret à une équipe mixte… on avance d’un grand pas vers un début de solution. Et, chaque fois, on observe que les personnes ainsi réunies s’entendent bien et adoptent rapidement une nouvelle vision du problème ; ils deviennent les porte-parole de l’essentiel : que c’est possible de ne pas s’étriper.

C’est à ce titre que je trouve exemplaire la décision de notre président de faire appel à quelques têtes de couleurs variées. Par exemple, en cette période où le racisme anti-arabe est très fortement exprimé par beaucoup d’entre nous, faire représenter la Justice par une dame maghrébine, jolie au demeurant, nous oblige à reconsidérer le problème. D’ailleurs, après l’avoir vue et revue à la télé et dans nos journaux, on a fini par oublier ses lointaines origines.

C’est la démarche que  nous préconisons dans toutes nos opérations : faire le premier pas d’abord et ensuite gérer les changements, alors que nos politiques, en bons bureaucrates veillant à leurs intérêts, ont eu toujours tendance à réfléchir longuement avant d’agir ce qui leur permis en fait de ne pas agir du tout. « Tout bien pesé… » « Après analyse… », disent-ils pour justifier leur immobilisme.

Il est clair que si le racisme est naturel, le chemin qui mène à sa disparition est au contraire éminemment culturel et volontariste.

Même le chemin le plus long commence toujours par le premier pas, disent les chinois, et la politique des petits pas reste la meilleure solution quand le problème est relationnel.

Enfin, je pense qu’il faudrait maintenant lancer une gigantesque étude avec notre méthode d’analyse sur les différents racismes dans le monde, ou, plus modestement en Europe, et je ne serai pas étonné, si grâce à une échelle de mesure scientifiquement confectionnée on trouvait que c’est encore en France que le racisme est le moins implanté.

Après des siècles de métissage, il est certain que nous n’avons pas pu oublier nos origines variées.
Alors, si l’on cessait de souffler sur le feu si l’on veut qu’il s’éteigne.

Ce qui est sûr est que le racisme ne se combat pas par des arguments rationnels et pseudo scientifiques, et encore moins par un arsenal répressif de plus en plus exagéré. C’est juste le contraire.


[1] Baillargeon… op cit

[2] L’égalité et l’inégalité feront l’objet d’un prochain dossier dans le cadre d’une critique radicale de la démocratie, telle qu’on l’entend aujourd’hui.

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