L’illusion, ciment de la dictature

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http://www.lalsace.fr/actualite/2011/12/29/l-illusion-ciment-de-la-dictature

Impressionner sa population, intimider ses voisins et ses ennemis. Les dictatures ont toujours soigné la mise en scène de leurs grands rendez-vous de masses : défilés aux flambeaux et rassemblements à Nuremberg chez les nazis, parades civiles et militaires sur la Place rouge du temps de l’Union soviétique. Tout est organisé au millimètre comme dans une pièce de théâtre géante. Ce n’est pas la vraie vie, c’est l’image que la dictature veut en donner. Il lui faut enjoliver et « ordonner » la réalité pour survivre.

Les obsèques grandioses de Kim Jong-Il, le « cher leader » nord-coréen ont relevé, hier, de cette organisation stalinienne, utilisant les spectateurs comme masse de manœuvre pleurant et s’agenouillant au passage du cortège officiel. Il est difficile de faire la part du « cinéma » et celle de l’affliction réelle au sein de la multitude qui a exprimé son désespoir le long du cortège. Il y a toujours des larmes sincères : à la mort de Staline, en 1953, ils ont été des millions à travers le monde à pleurer le « petit père des peuples ». Même les familles russes directement touchées par la répression s’étaient associées au deuil. Par conviction ou par nécessité : la pression sociale est forte et les yeux inquisiteurs des petits fonctionnaires du parti sont partout. Dans un pays totalitaire, il est de bon goût de suivre l’exemple donné par les pleureuses officielles. Ne pas se sentir en marge…

Les dirigeants de Pyongyang ont tenu à « offrir » à leur peuple une cérémonie censée exalter le patriotisme autour du parti unique et de la dynastie qui l’incarne. Il fallait donner l’image d’une société soudée autour d’un idéal commun : l’illusion est le ciment de la dictature et l’euphorisant des dictateurs. Le ballet bien réglé des foules embrigadées les rassure.

À cet égard l’héritier de la dynastie rouge de Pyongyang a réussi son examen de passage. Il n’y a pas eu de couac, du moins pas flagrant. La Corée du Nord ne semble pas prête à se détacher de la famille Kim, comme les Roumains avaient lâché Ceausescu lors de sa dernière apparition, en 1989, et comme les Allemands de l’Est avaient gâché le dernier défilé de l’ère Honecker, quelques semaines auparavant. La déglaciation de la Corée du Nord ne semble pas avoir commencé. Mais dans un pays où tout est apparence, on peut se tromper. On le souhaite, même.

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