« Obtenir sans punir », critique de Pierre Raynaud du livre de Christophe CARRE

  • Share
  • CevherShare
  • Share

Je ne sais pas combien de livres et d’articles de journaux ont été écrits sur ce sujet dont l’actualité est permanente : l’éducation des enfants. Depuis le  « J’élève mon enfant » de l’inusable Laurence Pernoud, livre qui a fait le bonheur et le cauchemar de quelques milliers de mères, on a du écrire quelques milliers de livres sur ce sujet qui intéresse (presque) tout le monde.
Et tous les livres ont tenté le même exercice : conseiller aux parents de se situer quelque part entre deux extrêmes : la discipline la plus stricte d’un côté et le laisser-aller le plus inconscient de l’autre. Un pédagogue dont le nom m’échappe a dit que l’éducation libérale des enfants par les parents n’était rien d’autre que l’éducation autoritaire des parents par les enfants.

Et il est vrai, qu’au premier abord, on envisage mal comment sortir de ce dilemme, et comment ne pas balancer d’une attitude à l’autre, de la carotte au bâton et du bâton à la carotte.
Et bien on croyait cela impossible et c’est pourquoi Christophe CARRE l’a fait ; il y a une troisième voie : la manipulation. Mais attention la manipulation positive, bienveillante. Quand on sait la renommée sulfureuse de ce mot, il fallait oser. Et c’est une réussite. On lit ce livre un peu étonné au début et à la fin on se dit : mais comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Mais c’est bien sûr !

Christophe Carré nous dit que carotte et bâton ne sont que les deux bouts d’une mauvaise stratégie et que « avec de mauvaises stratégies, l’on finit toujours par obtenir ce que l’on souhaite éviter » (p.12).
L’auteur place d’emblée le douloureux problème de l’éducation des enfants en dehors du focus habituel des parents qui placent leurs chers bambins au centre de leur préoccupation, en expliquant que c’est un problème de relation et que « si vous voulez que votre enfant modifie ses comportements, vous allez devoir commencer par changer vos propres comportements. » (p.25). Ouille ça n’est pas banal et je doute que Madame Michu, l’ex-ménagère de moins de cinquante ans, puisse comprendre ça du premier coup !

Dans ce livre, l’auteur donne le coup de grâce aux méthodes visant à convaincre et à argumenter pour que nos enfants entendent raison. Au travers des succès de la théorie de l’’engagement et des découvertes de Palo Alto, il nous fait découvrir que « L’action est un moteur de changement beaucoup plus puissant que le raisonnement, l’explication et la persuasion » (p. 165).
Donc faire faire à l’enfant de nouvelles choses, et il changera dans le sens que nous souhaitons. « Pour influencer quelqu’un il est beaucoup plus efficace d’obtenir de lui une petite action qui va le préparer à d’autres actions plus engageantes » (p. 162).
Car « Ce sont nos actions qui déterminent nos pensées et non l’inverse » (p.162).

En droite ligne de l’ouvrage fondamental de Robert CIALDINI et de l’Ecole de Palo Alto, ce livre est rafraichissant dans la mesure où il s’appuie sur des réalités, sur ce qui se passe vraiment, sur ce qui fonctionne et non pas sur les élucubrations idéalistes de ceux qui pensent pouvoir obtenir une société idéale, une société bien sûr sans manipulation, ceux que l’auteur, après Paul Watzlawick appelle les utopistes aux yeux pleins d’étoile.
D’ailleurs, tous les conseils donnés par Christophe CARRE dans son livre pourraient aussi bien s’appliquer à n’importe quel type de relation, entre époux, entre un patron et ses collaborateurs…etc.

Mais pour terminer laissez-moi reprocher un petit mensonge à l’auteur.
Mon vieux Christophe ça n’est pas gentil ce que tu dis page 31 : « Je ne connais pas une seule personne acceptant de reconnaître en toute franchise qu’elle use, elle aussi, de procédés manipulatoires ».
Parce que tu me connais, moi ! Non ?

You can leave a response,or trackback from your own site.

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.