Question de point de vue : comment voir le monde autrement

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J’aime bien participer à ces jeux croisés entre blogueurs ; d’habitude, cela me repose de mes travaux quotidiens, mais cette fois j’ai l’impression d’être encore au travail, tant le sujet est au cœur de mes préoccupations professionnelles et personnelles.

Changer notre vision du monde, de notre entourage, de nos amis et de nous-mêmes, est une opération difficile qui a été étudiée récemment par l’Ecole de Palo Alto et la PNL, sous le nom de recadrage. Recadrer c’est cadrer autrement en changeant la signification que l’on donne à un élément de nos croyances ou opinions.
Par exemple le bègue qui veut devenir vendeur, est très malheureux de bégayer car il croit qu’il n’y arrivera pas et qu’on se moque toujours de lui, souvent à juste titre d’ailleurs. Jusqu’au jour où quelqu’un lui explique qu’au contraire c’est un avantage pour devenir un bon vendeur. En effet, les gens souvent n’aiment pas l’élocution trop parfaite de ces types capables de vous vendre leur mère ; ils se méfient, et reniflent l’argumentaire marketing trop bien appris, alors qu’avec lui, le bègue, ils se trouvent devant un être humain ordinaire, qui a du mal à dire ce qu’il veut et ce qu’il vend, au point qu’il faut parfois finir ses phrases à sa place… En fait, c’est déjà un ami, puisqu’on l’aide. Du jour au lendemain, notre bègue ainsi briefé, part à la conquête des clients, sûr de lui et tranquillisé…
L’ennui est que ce qui déclenchait son bégaiement ayant disparu, il finit par parler comme vous et moi. Enfin vous je ne sais pas…

Il a recadré en classant le bégaiement dans la catégorie des avantages et non plus des inconvénients. Tout changement véritable est en fait un recadrage. La caractéristique du recadrage est qu’il n’a pas besoin  d’être conscient ; un thérapeute peut induire un recadrage chez un névrosé sans qu’il s’en rende compte. La seule chose que voit le patient est que sa névrose a disparu.

Moi, quand j’étais jeune je ne bégayais pas ou alors très peu, mais j’étais de constitution fragile et ma mère me couvrait de plusieurs couches de vêtements pour aller à l’école, écharpe et bonnet compris, dès que le thermomètre descendait en dessous de 15°. Et j’étais toujours enrhumé ou angineux. Jusqu’au jour où j’ai recadré, en me disant que rhumes et angines venaient peut-être justement du fait que j’étais toujours emmitouflé et que, toute la journée je n’arrêtais pas d’enlever et de remettre vêtements chauds, écharpe et bonnet… Et si mes rhumes étaient l’effet d’un excès de précautions ? Du jour au lendemain, au grand dam de chère maman, je me suis promené, été comme hiver, tête nue, manteau ouvert (il faut dire aussi que c’était la mode à l’époque chez les jeunes), col ouvert sur le vent glacial… etc,
Et rhumes et autres ennuis de gorge se sont envolés !

A cette époque je ne connaissais pas encore la Sémantique Générale, et l’Ecole de Palo Alto, mais je lisais déjà les textes des anciens maitres bouddhistes, le zen et le tao, et j’avais déjà compris que la réalité en soi n’existe pas, et que ce que nous prenons pour la Réalité, n’est rien d’autre que notre vision personnelle et subjective des choses.

Plus tard, dans ce qu’on appelle l’adolescence dans nos pays dits civilisés, j’ai longtemps souffert de migraines horribles plusieurs fois par semaine, au point de devoir rester allongé dans le noir des journées entières et je me disais : heureusement que je ne suis pas cadre dans le privé et obligé d’aller travailler, cela me serait impossible. Quelques années plus tard j’ai eu l’opportunité de créer ma première petite affaire ; il a fallu rédiger les statuts, trouver un local, recruter les premiers collaborateurs… et sans m’en rendre compte les migraines ont fui, ne supportant pas tout ce remue ménage.  Depuis, les seuls maux de tête dont je souffre, (qui ne sont pas des migraines d’ailleurs) proviennent d’un trop bu de la veille. J’ai recadré en m’installant dans un autre contexte : d’étudiant je suis passé créateur d’entreprise.

On peut même changer de vision instantanément, sans aucune démarche consciente autre que le désir de changer. J’ai connu un stagiaire brillant qui m’énervait beaucoup car il  était affligé d’une sinusite chronique contre laquelle il luttait avec force médicaments et sans succès. En voiture, il n’arrêtait pas de monter et de baisser les vitres, car il ne supportait pas, disait-il, la climatisation. Je lui ai dit de faire un exercice très simple, de se dire : « Tu n’as pas de sinusite c’est toi qui l’a inventée. C’est une vue de l’esprit ». Il m’a dit : « Bon d’accord ! », et n’a plus jamais souffert de cette pathologie.

On sait depuis le début du XIXème siècle seulement, c’est-à-dire quand Schopenhauer nous a fait découvrir le bouddhisme et les philosophies orientales, que la réalité en soi n’existe pas, que l’homme se crée sa propre réalité de toutes pièces avec son langage inadapté et qu’il vit dans un monde finalement imaginaire dans lequel il s’entête à rester sans vouloir en sortir par frilosité. Et, pourtant, théoriquement (et malheureusement théoriquement  seulement), il devrait être aisé de changer de vision et de voir le monde différemment puisque de toute façon le monde c’est nous qui l’avons fabriqué, il est en nous autant que dehors.

L’ennui est que nous sommes très attachés à notre vision du monde qui est pour nous la seule réalité possible et c’est ce qui rend le changement aussi difficile. D’où l’intérêt de faire changer les gens de façon subite et non consciente. Un peu comme le satori dans la technique zen.

Notre rationnel a du mal à concevoir que pour le même sujet de débat, pour juger de la même personne,  et pour toutes les raisons que nous donnons pour justifier nos comportements dans la vie quotidienne, nous ayons des opinions aussi divergentes.
Mais, parfois nous admettons les divergences de points de vue. Par exemple deux randonneurs qui grimpent la même montagne par deux versants différents et qui communiquent entre eux, vont pouvoir décrire ce qu’ils voient, et même si les points de vue au sens littéral, sont complètement différents, ils restent assurés qu’il s’agit bien de la même montagne.
Pourquoi ne pourrions – nous pas faire de même avec nos opinions, nos croyances, nos concepts,  et nos visions du monde quand on parle politique, ou quand on évoque des idées telles que le bonheur, la liberté, la justice… et tous ces mots qui ne veulent rien dire car ils veulent dire autant de choses différentes que de personnes, de contextes, d’ici et maintenant… Bref, les mots qui constituent ce que j’appelle l’antidictionnaire, ou dictionnaire des mots qui ne veulent rien dire, et qu’il faut éviter de prononcer si on ne veut pas entrer dans des polémiques sans fin.

Comme le disait mon maitre Paul Watzlawick, porte-parole en Europe et aux USA de l’Ecole de Palo Alto : tout le monde a raison, de son point de vue.

Maintenant posons-nous la question : pourquoi changer de point de vue ? Pour nous, la réponse est  claire et sans ambiguïté : pour résoudre les problèmes de la vie de tous les jours sans douleur. Si ma souffrance n’est  pas réelle mais provient de ma façon erronée d’analyser ce qui se passe, alors ne cherchons pas à changer ce qui se passe, mais la façon dont je le vois. Pour changer de point de vue, la méthode que j’ai trouvée est simple : toujours penser et définir les situations relationnelles en termes concrets. Ne pas dire : « Ma femme est irritable » mais « L’autre jour, c’était lundi à 9 heures je crois,  dans l’hypermarché, alors que je lui demandais quel vin elle voulait qu’on achète, elle m’a répondu en criant assez fort pour que les gens se retournent, que j’étais un emmerdeur à lui poser cette question, que je connaissais bien ses goûts et que c’était toujours la même chose…etc». Je vous passe la suite. En collant au plus près de ce qui se passe exactement, de ce qui s’est passé, on peut arriver à résoudre un grand nombre de problèmes, car une fois repérés à quels moments le dialogue dérape, on peut tenter de corriger cet engrenage comme le mécanicien qui change la pièce une fois détecté le problème.
C’est que j’ai expliqué dans un de mes derniers e-books : « Réveillez-vous et redescendez sur terre » (http://strategies-et-influence.com/reveillez-vous.htm ) en montrant que si tout le monde faisait cela, – ce qui suppose l’avoir appris à l’école -, il y aurait beaucoup moins de guerres et de disputes en ce bas monde.

 

 

 

 

Si ces propos ont suscité en vous le désir d’en savoir plus je vous invite à visiter mon blog qui traite de ces problèmes http://pierreraynaud.com/ et si vous voulez savoir si vous avez des facilités à changer de point de vue pour avancer et résoudre vos conflits imaginaires, je vous invite à venir consulter l’e-book que je viens de publier : http://strategies-et-influence.com/personnalite.htm  

Ce petit texte, (petit car toute ma carrière a été basée sur des réflexions et des actions portant sur ces sujets, et je pouvais écrire 1000 pages si on me l’avait demandé), a été écrit pour participer à la Croisée des blogs organisée cette fois par Philippe CHEVAUX du blog http://apprendresursoi-et-avancer.com/ un blog cousin du nôtre.
Vous trouverez les règles de cette opération à l’adresse : http://apprendresursoi-et-avancer.com/croisee-des-blogs-commencer-annee-autre-regard/  qui est menée conjointement avec le blog le plus extraordinaire pour les gens qui exercent dans le domaine du développement personnel : http://developpementpersonnel.org/

Merci de m’avoir lu.
Pierre

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