Vive la procrastination !

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De Marc TRAVERSON
Lisant le petit livre sympathique et inégal de John Perry, La procrastination, (sous-titre : L’art de reporter au lendemain, éditions Autrement), il m’est venu quelques réflexions, que je livre ex abrupto à votre sagacité.

Si me prend l’envie de parler de ce sujet c’est 1) que cela me permet de ne pas accomplir certaines tâches beaucoup plus urgentes et importantes et 2) que je me range volontiers, selon la classification proposée par l’auteur, dans la catégorie des « procrastinateurs structurés » (au moins de temps en temps). Ceux-là sont d’une inventivité à toute épreuve lorsqu’il s’agit de faire tout autre chose que ce qui devrait les mobiliser. Le cas typique, qui se reconnaîtra, est cette personne qui, face à un projet important, une charge subite de travail, plutôt que de s’y atteler de manière méthodique, se plongera dans un ouvrage sur l’efficacité personnelle – avec, derrière la tête, l’idée qu’il lui faut d’abord réfléchir à son organisation avant de s’y mettre. De fil en aiguille, ses recherches s’approfondissent, et on la retrouve quelques heures plus tard sur marmiton.org à s’extasier devant une recette de tarte aux poireaux.

Procrastination

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes procrastinant si, à la longue, le travail ne s’accumulait, occasionnant retards, exaspération de ceux qui vous attendent, frictions et tension diverses. Et surtout – c’est là que la bât blesse ! – le développement chez le procrastinateur d’un sentiment de culpabilité, qui dans les cas les plus graves, nourrit un doute profond sur ses propres capacités à accomplir les choses en temps et en heure.

Ceci pour le versant noir, le côté obscur de la force procrastinante.

Car, bien sûr, il y en a un autre. Ainsi que le résume cet axiome appliqué scrupuleusement dans certaines organisations : « il n’est aucune tâche qu’une absence de décision ne puisse résoudre« . Le procrastinateur constatera bien souvent, avec bonheur, que la tâche qu’il n’a toujours pas entamée, et qui traîne sur son bureau depuis des semaines, a perdu toute actualité – plus personne ne demande le document, ou bien quelqu’un d’impatient a fini par s’en saisir…

Vous aurez constaté comme moi que la méthode qui consiste à réagir illico lorsqu’une demande nous est faite, peut se retourner contre la personne trop efficace. Un contre-ordre, un nouvel avis, une circonstance nouvelle viendront entretemps modifier la demande initiale, et alors, pour celui ou celle qui s’est montré trop dynamique (« action-réaction » !), tout est à recommencer. Perte de temps et d’énergie assurée. Deuxième remarque. Le procrastinateur est souvent quelqu’un d’hyperactif. Le paradoxe n’est qu’apparent. Car il lui faut déployer une énergie considérable afin de trouver des occupations périphériques qui vont lui permettre de ne pas s’attaquer à la tâche prioritaire. Ceci est un facteur de sérendipité : la curiosité nourrit l’esprit et l’imagination, et l’on revient de ces escapades dans les marges avec de nouvelles idées dans sa besace, et de nouveaux projets à faire patienter.

Enfin, s’il faut à tout prix déculpabiliser ceux qui se heurtent à l’incompréhension de leurs contemporains tournés obsessionnellement vers la Performance, rappellons la vertu du non-agir. Le non-agir qui n’est ni paresse ni impuissance, mais au contraire la reconnaissance des temps de décantation, des temps de mûrissement, des temps de silence nécessaires pour préparer une action qui ne soit pas vaine agitation. Comme l’alambic capricieux délivrant son alcool goutte à goutte, prenons – aussi – soin de nos processus internes, sans forcing, confiants dans nos rythmes et processus internes. La décision viendra, en son temps. L’action sera juste, et efficace. Chers frères et soeurs procrastinants, je vous invite à regarder avec indulgence, et pourquoi pas bienveillance, votre tendance à tourner autour du pot. Et pourquoi pas, à l’accepter, comme une part de votre dynamique personnelle, un temps de respiration et de révérence dans l’impitoyable course du temps.

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