Peut–on quantifier le bonheur ?

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Valentine Van Vyve

http://www.lalibre.be/societe/general/article/798874/peuton-quantifier-le-bonheur.html?goback=.gde_1416777_member_218172403

Mis en ligne le 22/02/2013

Les indicateurs de développements tentent de coller au plus près de la réalité. Pourtant, ils sont parfois très éloignés de ce qui constitue le “mieux vivre” des populations. Si nous nous éloignons du paradigme selon lequel l’argent ne fait pas le bonheur, la question qui se pose est la suivante : Qu’est-ce qui nous rend heureux ?

“Un indicateur universel n’a strictement aucun sens (…); même les indicateurs partiels, élaborés à partir de la valeur pondérée de diverses statistiques, n’ont pas pour effet d’améliorer la compréhesion de réalités complexes mais plutôt de les occulter et même de les déguiser.” A en croire la réflexion de Jean Baneth, ancien directeur économique de la Banque mondiale, la course aux indicateurs n’est pas la voie la plus efficace pour faire progresser la notion de “développement durable”.

Ces indicateurs, résultats statistiques, seraient-ils simplificateurs d’une réalité complexe ? Oui. Mais surtout, “puisqu’ils définissent des objectifs et qu’ils guident les gouvernements dans leurs choix sociaux et économiques, il devraient être débattus démocratiquement et non choisis par des experts”, argumente Isabelle Cassiers, Professeur à l’UCL et chercheur au FNRS. Des indicateurs trop limités, comme le PIB qui mesure la production sur des bases monétaires, ne se réfèrent qu’à une fraction de la réalité du développement et sont parfois très éloignés de ce qui constitue le “mieux vivre” des populations. Ce mieux vivre n’a parfois rien à voir avec l’accumulation de richesses matérielles, comme l’a laissé croire une vision longtemps dominante du développement. “On a trop longtemps confondu croissance économique et développement. Or, il convient de faire clairement la différence”, explique Isabelle Cassiers. L’argent ne ferait, seul, pas le bonheur…

Placer l’homme au centre du développement

Jusqu’à présent, c’est la combinaison de deux indicateurs principaux, de dimension internationale, qui nous permet d’approcher une évaluation du développement durable : d’une part l’indice de développement humain (IDH, dont une des trois composantes est le PIB) rend compte des performances économiques et sociales et d’autre part l’empreinte écologique évalue l’impact de nos activités sur la biosphère.

L’IDH a élargi la vision trop étroite du PIB afin de rendre compte d’une réalité plus complexe du développement. Il ne se limite en effet pas à la seule production monétaire, génératrice de revenus. En plus de celle-ci, il prend en compte, la santé et l’éducation. Il influence les décisions des gouvernements depuis trois décénies. Pour les concepteurs de l’IDH, il convenait de replacer l’homme, plutôt que la croissance économique, au centre du développement, suivant la conviction de Amartya Sen, prix Nobel d’économie en 1998 et fondateur du Human Development Report Office. Selon celui-ci, “le développement humain, c’est augmenter les choix et les capacités des hommes à vivre une vie saine et décente et à être reconnus. C’est faire avancer la richesse de la vie humaine et non celle de l’économie dans laquelle les hommes vivent”.

Mais cet indicateur ne suffit plus. “L’équité, la dignité, le bonheur et la durabilité sont des fondamentaux de nos vies”, faisait remarquer Helen Clark, administratrice du Programme des Nations Unies pour le Développement Humain (PNUD), pour qui le progrès doit être redéfini à l’aune d’une image globale du développement humain et du contexte dans lequel il s’inscrit.

Le respect de l’environnement comme condition du développement

“Le concept de développement humain est plus grand que ce que l’IDH mesure”, déclarait en juin dernier à l’occasion de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable (Rio+20), Khalid Malik, directeur du PNUD. Depuis lors cet organe de l’ONU tente de mettre au point un nouvel indicateur. Celui-ci aurait la particularité d’intégrer le respect des limites de la planète dans la mesure du développement humain. “Une réflexion est actuellement en cours sur la meilleure manière de le faire”, explique Isabelle Cassiers.

Le plus vraisemblable est la publication conjointe de deux indicateurs distincts, toujours à affiner : un indicateur d’objectif, tel que l’IDH et un indicateur de limites écologiques, tel que l’empreinte écologique ou les émissions de CO2. “La réflexion doit se poursuivre car aucun de ces indicateurs n’est parfait. Il s’agit de les affiner pour coller au plus près de la réalité des objectifs de développement d’une part et des limites de la planète d’autre part. Une chose est certaine : les indicateurs exprimés en termes monétaires (comme le PIB) s’éloignent trop de ces réalités.”, explique Isabelle Cassiers.

Le respect de l’environnement est donc central dans les choix qui sont posés. De cela dépend le bien être des générations future. On comprend alors aisément pourquoi un indice de développement durable doit prendre en compte l’équité intergénérationnelle : les choix qui sont faits aujourd’hui ne doivent pas limiter les choix des générations futures. “Cela implique que le droit au développement est fondamental, mais que celui-ci ne peut se faire en réduisant les choix de ceux qui nous suivent”, insistait Khalid Malik.

Écologie et économie sont-ils conciliables ?

L’harmonie est-elle impossible ? A en croire les chiffres, c’est ce que l’on est tenté de croire; les pays ayant la plus faible empreinte écologique étant aussi les plus pauvres. (voir carte ci-dessous. Voir toutes les cartes interactives). Cela fait penser que la marche vers une hamronisation du social, de l’écologique et et de l’économique est longue. Mais elle est en route. Elle nous mène inévitablement “à sortir du paradigme de la croissance matérielle effrénée, à combattre l’inertie qui nous maintient dans un modèle dépassé”, estime Isabelle Cassiers. Un modèle à repenser jusqu’à “modifier radicalement nos comportements”, à l’aune des nouveaux objectifs fixés, fruits d’un “questionnement personnel et collectif sur ce qui nous rend heureux”, précise-t-elle. Soit une “approche positive” d’un inévitable bouleversement.

Pour les pays en voie de développement, la donne est quelque peu différente. Parviendront-ils à prendre le virage d’un développement durable, en préservant leurs propres valeurs et en ne retenant que les aspects positifs de notre système, qui, globalement, n’est pas viable à long terme ? Tout le défi tient dans cette interrogation.

Quantifier le bonheur

Est-il possible de mesurer le bonheur ? “Probablement que non, et les tentatives de le quantifier peuvent sembler vaines, mais elles ont le mérite de déplacer notre regard et de nous inviter à poser d’autres questions : Quelles sont nos finalités ? Où courrons-nous ? Qu’est-ce qui nous rend heureux ? », interroge la chercheuse. Et d’adapter les politiques économiques et sociales en fonction de nos réponses à ces questions. A l’instar de l’Indice de bonheur national brut du Bhoutan. Les dirigeants de ce petit pays, après consultation de la population, tentent d’accroître son bonheur malgré un niveau de vie bas, grâce à des politiques adaptées, qui s’affranchissent des chimères et des faux besoins.Ce n’est pas une course contre l’accumulation des biens matériels. Juste un retour à l’essentiel. Pour que celui-ci s’inscrive dans la durée.

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