Une étude américaine prouve que le journalisme est mort

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http://www.roxane-company.com/blog/2013/09/12/une-%C3%A9tude-am%C3%A9ricaine-prouve-que-le-journalisme-est-mort/

La presse fait en ce moment face à une crise majeure. Il ne s’agit pas de baisse du nombre de lecteurs, mais de baisse de qualité. Hélas, les éditeurs n’ont pas l’air de s’en apercevoir.

Lorsque leurs chiffres ont baissé, au lieu de se concentrer sur un contenu de qualité optimisé pour internet, les organes de presse se sont rués vers les contenus rapidement produits et générateurs de clic. Ils ont fait appel aux subterfuges les plus sales pour gonfler leur nombre de pages vues (coucou meta:refresh, coucou pagination à outrance, coucou visionneuses anti-ergonomiques, coucou liens vers les conjugueurs sur tous les verbes de l’article).

Clique, tweete, like, share.

Ils ont peu à peu calibré leurs articles pour générer du clic, et non plus pour informer. Le fameux triptyque « titre ultra putassier – introduction plus nuancée – corps de l’article sans intérêt informatif » est désormais devenu la norme. C’est en effet le titre qui apparaîtra sur les réseaux sociaux où l’article est partagé, il faut donc qu’il soit percutant coco. Il ont fait des formations pour « écrire sur internet », en pensant plus au référencement qu’au contenu pour les humains.

Pour inciter à la visite, on n’hésite pas non plus à faire appel à la fameuse « étude américaine » : on cite une étude sans valeur scientifique, si possible liée de près ou de loin au sexe, réalisée par un organisme n’ayant pas autorité, et on en tire des conclusions rocambolesques. « Le public aime ça ». Peu importe que ce soit de la pure désinformation, on publie quand même. Saviez-vous qu’un homme sur 2 a les poils des testicules bleus et que les femmes qui passent plus de 20 minutes au téléphone on plus de chance de pratiquer le bondage ? (étude réalisée sur 2 cochons d’Inde albinos).

Les clashes politiques et l’exagération à outrance de projets de loi ont aussi le vent en poupe, peu importe la réalité des faits. Demain, les ménages ayant un enfant et une 5 portes climatisée seront tous taxés à 82% sous peine de mort. (peut être, ça se peut, en fait on dit dans le corps de l’article que non, mais quand même). À l’ère du data journalism, on sort des graphique, des « infographies » qui ne veulent rien dire mais font joli. Il n’y a pas d’études des chiffres sur le fond. Les graphiques sont biaisés pour forcer le trait (coucou graphiques non-orthonormés qui font penser à une augmentation facteur 10 au lieu de 2)

You pay peanuts, you get monkeys.

Adieu donc le travail de fond et d’enquête, on recherche à faire du buzz immédiat et à occuper l’espace à moindre coût, au détriment du travail journalistique. Les journaux sont donc prêts à tout : délocaliser la rédaction d’information en Tunisie, payer misérablement les journalistes qui risquent leur vie pour enquêter dans des pays en guerre, ou encore faire appel à des « contributeurs extérieurs » pour générer 100% de sa valeur.

Ces contributeurs extérieurs ne sont pas rémunérés et ils remplissent gratuitement les colonnes des journaux, contre une soi-disant exposition. Tout bénef’ pour le journal donc… sauf que récemment une magouille a été découverte : certains gentils contributeurs étaient en fait employés par des annonceurs et s’appliquaient à longueur de journée à faire des publi-reportages sur des sites à fort trafic pour améliorer le référencement naturel de leur commanditaire.

Stupéfaction, coup de tonnerre, scandale. Vous voulez dire que quand on ne paye pas quelqu’un et qu’on accepte n’importe quel contenu sans faire le moindre travail de vérification ni de rédacteur en chef, on s’expose à ce que les contributeurs se fassent payer par quelqu’un d’autre ? Ça c’est un scoop, comme on dit dans le jargon.

Enquêtez, faites votre travail.

Ce dernier événement montre dans quel état de déliquescence se trouve la presse. Vous ne gagnerez pas d’audience en continuant comme ça. Faites des dossiers fouillés, remplissez votre rôle d’information recoupée et vérifiée auprès du public, cessez de penser à court terme, et vos lecteurs reviendront. Je veux payer pour de l’info de qualité, mais je ne mettrai pas un centime dans un site bourré de pubs et rempli par des publi-reportages qui étale ses articles sur 10 pages de 2 paragraphes chacune avec des refresh automatiques et des photos format timbre poste. Vous faites fausse route. Payez vos contributeurs pour du contenu de qualité et je paierai pour ce contenu.

par Julien Dubedout le 12 septembre 2013

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