L’hypocrisie des 35 heures Par Jean-Baptiste Giraud

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https://fr.finance.yahoo.com/actualites/l-hypocrisie-des-35-heures-170116376.html

 

NDLR : toutes les lois, toutes les décisions politiques,…etc. qui ne s’appuient pas sur la réalité du terrain, mais sur des idées, humaines certes, partant d’une bonne intention certes, sont et resteront utopiques. Et nous parler d’égalité entre les hommes, alors qu’on ne voit partout que  des inégalités, des privilèges datant de la dernière guerre et autres favoritismes, d’avantages en nature divers… c’est non seulement de l’hypocrisie mais de la malhonnêté. Une loi juste ne peut être qu’une loi qui tient compte de la diversité des situations, de la diversité des gens, de leurs aspirations véritables, bref de ce qui se passe réellement, tout en favorisant une forme d’égalité des chances. Où trouve-t-on une telle loi en ce moment ? Cela supposerait des politiques qui tiendraient compte de nos avis, donc des politiques de notre monde, pas des professionnels.

Depuis l’élection de François Hollande, la France compte 500 000 chômeurs de plus. 5,5 millions de nos compatriotes en France et outre-mer sans emploi ou pour quelques centaines de milliers d’entre eux, à temps partiel, n’ayant pour seule ressource qu’une allocation chômage ou les minima sociaux. Et pendant ce temps là, on glose (encore) sur les 35 heures…

Oui, je connais des gens qui sont aux 35 heures. Pas beaucoup remarquez. Les caissières de mon supermarché, quand elles ne travaillent pas moins, 30, ou 25, quand elles préféreraient travailler 40 pour gagner un peu plus. Mais l’assistante de l’orthodontiste des enfants, je doute qu’elle « fasse » 35 heures. L’orthodontiste aussi d’ailleurs, on vient d’en parler, et elle est bien obligée de s’adapter aux horaires des petits patients qui ont école. Alors elle finit très tard, surtout le mercredi, et travaille bien entendu le samedi aussi. Mon médecin ? Il donne des rendez-vous à 8h du matin, jusqu’à 20h30 le soir. On peut continuer longtemps à ce petit jeu là. J’ai beau chercher, autour de moi, les 35 heures, je ne vois pas qui les fait. Ou alors, du lundi au mercredi soir.

Parler des 35 heures comme s’il s’agissait d’une extraordinaire avancée est la plus grande escroquerie qui soit. Pour quelques millions de salariés qui « font » effectivement 35 heures, parce que leur métier, de l’ouvrier spécialisé à la serveuse de chez Mac Do en passant par la femme de ménage ou l’hôtesse d’accueil, s’organise avec un planning, combien d’autres travaillent bien plus, et trouvent en plus cela parfaitement normal, car ils aiment leur job, leur entreprise ou leur employeur, et ne veulent pas les perdre ?

Ah, si, il y a bien un secteur d’activité où les 35 heures s’appliquent à plein, c’est la fonction publique. Et encore, pas pour tout le monde. Prenez les policiers par exemple. Je sais bien qu’ils ‘ont pas une excellente réputation, mais enfin, une chose est sûre, ils bossent, et plus que 35 heures pour nombre d’entre eux. Sans (trop) se plaindre. Parce qu’ils aiment leur métier, et que faire la police, ca ne se fait pas avec le nez rivé sur la montre. En revanche, et sans rentrer dans les clichés faciles, tout usager standard des services publics au sens large, ceux de la fonction publique nationale, et de la fonction publique territoriale (soit plus de 5 millions de personnes) connaissent par coeur les horaires d’ouverture. Et quel délai exige toute démarche administrative. On compte en semaines, quand ce n’est pas en mois.

Les 35 heures étaient peut-être une bonne idée à la base : réduire le temps de travail, pour partager la masse disponible avec plus de monde. Mais en pratique, c’était dès le début une utopie. Quand les 35 heures ont été instituées en France, j’étais encore un tout jeune journaliste, un tout jeune salarié aussi. Du jour au lendemain, les délégués du personnel nous ont annoncé que nous aurions deux semaines de RTT (les fameuses) en plus de nos congés payés. Nos journées ont-elles été moins longues (10 heures en moyenne ?) Bien sûr que non. Nous nous sommes tous mis à traîner des RTT d’une année sur l’autre, qu’il a ensuite été possible de placer sur un « compte épargne temps » et même à la fin, de se faire payer. D’embauches, il n’y en eut pas, mais en revanche, la rédaction fût durablement désorganisée, en particulier au moment des ponts où les plus réactifs d’entre nous posaient les RTT qu’ils pouvaient.

Cette histoire n’est en rien anecdotique. Je l’ai entendue cent fois, dans tous les métiers et dans toutes les tailles de boîtes. Les plus vernis eurent parfois jusqu’à 9 ou 10 semaines de congés à prendre, RTT compris. Résultat ? Des entreprises françaises qui ferment trois semaines ou un mois l’été. Un mois de mai inexistant. Un « trou » du 15 décembre au 3 janvier. Et l’entrée de plain pied dans un XXIe siècle où la valeur travail n’est plus, et où les loisirs et le bien-être priment sur tout le reste.

Les 35 heures sont une escroquerie, car elles n’ont protégé qu’une grosse poignée de salariés d’horaires pénibles sans améliorer leur ordinaire, ont offert des centaines de jours de vacances « cadeau » à d’autres, avides de week-end de trois jours, le tout sans créer d’emplois tout en désorganisant nombre d’entreprises pour ne pas dire, osons-le, la société française. Dans la guerre économique que les grandes nations se livrent au quotidien, la France a perdu du terrain. La France se rassure avec sa productivité, soi disant la meilleure au monde. C’est oublier que la productivité se calcule en rapportant la durée du travail légal au PIB !!!

C’est pour cela que la proposition du nouveau ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, est pragmatique. Il propose d’autoriser les entreprises qui le souhaitent, les branches qui en ont besoin, à déroger au temps de travail légal, pourvu qu’une majorité de salariés soit d’accord. Or, qui dit dérogation au temps de travail légal, dit meilleure rémunération ! Entre l’état de fait qui contraint des millions de salariés à accepter des horaires à rallonge, payés 35 heures, et la possibilité de travailler plus, sans passer par le mécanisme inepte des heures supplémentaires, désormais surfiscalisées, contre une augmentation forfaitaire de leur salaire, il n’y a pas photo.

Et le chômage dans tout ca ? C’est en rendant les entreprises plus performantes, plus compétitives, qu’elles pourront dégager des marges et embaucher. Pas en coupant le temps de travail en petits morceaux. Définitivement une idée d’énarque ou d’ingénieur, et pas de chef d’entreprise en phase avec la réalité !

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