LES 3 AXIOMES 

 


 

 Partenaires 


stratégie et développement d'entreprise

 

 

 

Les trois axiomes

Voici un extrait du premier chapitre de :
L'art de manipuler (1996)

La Communication Directive prétend traiter la pensée classique comme les mathématiques modernes ont traité la géométrie euclidienne. Il n'est pas de progrès sans remise en cause de l'évident ; et la seule évidence qu'on ne peut contester est qu'il n'est rien d'évident. (Art de Manipuler 1978, p. 21)

 Toute culture repose sur des axiomes de pensée devenus inconscients, sortes de "vérités premières" qui n’ont pas besoin d’être démontrées, car elles paraissent à tous comme évidentes. Sauf aux adeptes de la CD.

Si l'on veut définir la CD en termes d'axiomes, notre première tentation serait d'affirmer qu'un seul axiome suffirait



Premier axiome :

 "Tout ce qui ne peut se décrire en termes de processus concret n'existe pas. "

Les implications pratiques de cet axiome seront largement développées dans notre vie quotidienne.

Cette proposition contient en fait trois affirmations :
1. toute communication est une description
2. toute communication est un événement concret
3. toute communication est un processus

OU encore : tout terme qui ne peut se définir par une description, qui ne correspond pas à un événement concret, et à un processus reconnaissable, se réfère à une chimère.


 
Deuxième axiome :
Toute relation interindividuelle, toute séquence de communication peut s’analyser en termes de rapport de forces. "

Pour nous, tout individu se considère comme le centre du monde, et tend, soit vers un développement maximum de son "espace vital", même au détriment de ses partenaires, soit vers l'équilibre du système qu'il forme avec ses relations les plus fréquentes.

C'est l'axiome que nous avons appelé en 1978 celui de "l'égoïsme obligatoire".

Quand nous disons que chacun d'entre nous se considère comme le centre du monde, nous voulons dire que, sur un plan "géo-psychologique", il nous est impossible de voir les autres, notre environnement et le vaste monde, autrement que situé "autour de nous". Peut-être que les Orientaux dont on nous dit qu'ils ne connaissent ni le concept ni le mot "individualisme" voient les choses autrement ; certainement même que les maîtres zen arrivent à ne plus se voir ainsi, voire même à ne plus se voir du tout en tant qu'individus. Mais en ce qui concerne nos compatriotes, modestes Européens que nous sommes, notre conception du monde restera individualiste et égocentrique pendant longtemps encore.

Pour mieux faire comprendre ce deuxième axiome, il est nécessaire de montrer, par un schéma simple, la vision de la C D des relations humaines. Dans les philosophies qui nous sont connues, on oppose moi et les autres ; la C D distingue trois types de niveaux concentriques : moi, mon monde et le monde.

MON MONDE                                     LE MONDE
MOI 
                A = A (A - X) t

Ce schéma signifie que l'individu A (dont nous ne contestons pas une certaine existence réelle, en tant que " sac de peau ") se définit comme l'ensemble des relations qu'il entretient, a entretenu et entretiendra, avec l'ensemble des personnes (B, C, D...X) à un moment du temps.

Le moi n'est que l'autre de l'autre dit Jacques Brosse (Satori : dix ans d'expérience avec un maître zen).

Le système composé de cet ensemble de relations s'appelle mon monde, c'est ma réalité la plus proche, la plus palpable. Au dehors de cette cellule, en quelque sorte, il y a le monde, composé de l’ensemble des gens qui m'indiffèrent et à qui je demande essentiellement de ne pas trop m'importuner. Tout ce que je vois, tout ce que je sens, pénètre dans mon monde. C'est pourquoi une phrase évoquant le monde extérieur telle que "10000 morts au Cambodge " me laisse en général indifférent , alors que la vision à la télé d'une seule torture peut me paraître insupportable : le fait de la voir fait qu’elle est entre dans "mon monde".

L'axiome 2 de la C D dit que le but de tout système, et donc aussi de celui que j'ai appelé mon monde est d'occuper la plus grande place possible dans le monde tout en obtenant l'état d'équilibre le plus parfait possible.

Pour la mère de famille pour qui le monde se résumera au mari, aux enfants et à quelques voisins et amis, son monde "visera" à garder le meilleur équilibre au sein de ces quelques relations : un mari aimant, des enfants sages et en bonne santé, des promenades agréables avec les amis, de bons repas... Pour un homme d'affaires dont le monde se composera de plusieurs centaines de relations, le but sera peut-être d'agrandir quantitativement le nombre de ses relations, au détriment même d'autres personnes et d'autres systèmes...

Ce double objectif : quantitatif (agrandissement) et qualitatif (équilibre) est difficile à maintenir en permanence. Tout système possède des perturbations : décès, maladies, départs et arrivées, faillites...

Ce que dit notre axiome c'est que, en cas de conflits d'intérêts entre deux systèmes en relation, chacun d'entre eux tentera d'éliminer l'autre. Ceci est la norme. Je suis en concurrence pour obtenir un marché, une place dans le train, ou une femme, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour éliminer mes concurrents. A moins d'être suicidaire.

Ceci est la norme. Tous les moyens sont bons pour arriver à mes fins. Bien sûr, je privilégierai d'abord les moyens dits légaux : je demanderai dans ma grande naïveté à l'autre de s'effacer et de me laisser la place. Si ça ne marche pas  j’essaierai de le convaincre que j'ai plus de droits que lui dans cette affaire, ou que ce n'est pas un truc pour lui. Et si ça ne marche toujours pas, il ne me reste plus que deux solutions : l'élimination par la force ou par la manipulation.

C’est ainsi que cela se passe à tous les instants, dans toutes les sociétés, et dans tous les domaines ; et toutes les balivernes du genre : " Aimer son prochain plus que soi-même " sont à ranger dans le placard aux vieux balais.

Les faits se contentent d'être ; ils ne contiennent aucune morale. Mêmes les faits humains.

Un système qui ne respecterait pas l'axiome du rapport de forces, ne tarderait pas à tomber malade (ou en panne, selon sa nature), à dépérir et à mourir.

C'est ainsi que nous en arrivons à affirmer que la guerre est la norme entre individus comme entre sociétés, car l'autre, à partir du moment où il s'approche de trop près, est d'abord "ressenti" comme un ennemi. Gare à lui s'il me fait de l'ombre !

C'est pourquoi nous avons fait nôtres les formules des Orientaux quand ils nous expliquent que pour changer le monde, il faut changer d'abord notre façon de voir la vie, et notre façon de la vivre. L'homme nouveau, au contraire de ce que disait Marx, ne viendra pas d'une société nouvelle, mais la société nouvelle sera créée - ou pas - par des hommes nouveaux. Encore une fois, c'est Mao - donc la philosophie chinoise - qui nous a montré la voie.


 
Troisième axiome :
La voie des "Comment" est plus efficace que celle des "Pourquoi".

Dans la plupart des cas de communication, il vaut mieux chercher à décrire qu’à expliquer.

La réalité, telle que chacun la perçoit, est un ensemble complexe et vivant en perpétuelle évolution ; nous ne pourrons jamais arriver ni à la décrire ni à l’expliquer entièrement . Toute progression dans la compréhension de ce vaste système est en même temps une réponse à une question du type : " comment ça marche ? " La voie des "Pourquoi" est trop souvent une impasse.

Cet axiome découle en partie du premier axiome. En effet, le monde abstrait est le monde des "Pourquoi" ; il nous propose en permanence des "principes explicatifs". Ces principes ne sont la plupart du temps que les versions modernes du "principe dormitif" de Molière. Nous pensons que si nous expliquons que cet homme m'a giflé (alors que je ne faisais que regarder sa femme), parce qu’il possède un taux élevé d'agressivité, alors nous n'expliquons rien, car l’explication dans ce cas n’est qu’une copie abstraite de l’observation.

Le monde des concepts abstraits nous présente un ensemble d’explications illusoires. Une maladie que je ne peux guérir, je lui donne d'abord un nom et je disserte à partir de ce nom ; et j'ai l'illusion de commencer à la comprendre, donc à la guérir.

Beaucoup de concepts abstraits que nous dénonçons dans nos textes, sont des "principes explicatifs".

En résumé et de façon plus incisive, 
voici les trois axiomes de base de la ;Méthode RELATIO:

 

Axiome 1 :
Tous les termes abstraits ne correspondent à aucune réalité concrète ; ils ne signifient rien.

Axiome 2 :
Toute relation humaine est d’abord un rapport de forces.

Axiome 3 :
Pour résoudre la plupart des problèmes, le "Comment" est préférable au "Pourquoi"

Tous nos travaux, tous nos textes, toutes nos actions ne sont et ne seront que la stricte application de ces trois axiomes. Mais comme nous ne tarderons pas à le constater dans la suite de ce petit livre, ces trois axiomes, qui, en se développant engendreront une foule de théorèmes applicatifs, suffiront à remettre en question la quasi-totalité des croyances de notre culture, donc la quasi-totalité des lois et principes qui nous gouvernent.

Ils préparent l’avènement d'une culture différente, plus concrète et plus forte que celle dans laquelle nous vivons, une culture qui, enfin, serait le pont et la synthèse entre l'Orient et l'Occident.

(Extraits de l'art de manipuler, Éditions ULRICH, 1996  (p. 18 - 24)
Pour lire d'autres extraits se reporter au site :
http://www.manipulation.com.bi
Pour commander : ulrich@editions.net

 

  Formation - Analyse relationnelle - Veille concurrentielle - Livres - Sites - Divers