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Celui
qui sait gérer le cours des fleuves leur ouvre passage pour
diriger le flot. Celui qui sait gouverner le peuple lincite
à sexprimer publiquement. (Annales des Han, chapitre 29,
les 36 stratagèmes).
Nous savons quil est difficile
danalyser froidement nos propres relations. Plus nous sommes
concernés par ce qui se passe, moins nous le voyons
" objectivement ". (Nous avons dit et
répété dans dautres ouvrages, que
" toute communication est subjective ", nous avons vu au
début de ce livre que la seule réalité dont nous
pouvons parler se décrit en termes de " la façon
dont je vois la relation ". Par " objectif ", nous
entendons ici : le plus près possible du
territoire.
Il faut apprendre à " prendre nos
distances " davec les relations. Quoi quil
arrive, ne vous identifiez pas avec ce qui se passe. Soyez-en le
témoin, lobservateur. (Bhagwan Rajneesh. Le livre
des secrets. p. 122).
On ne peut conduire et maîtriser nos
interactions si on a limpression den faire partie ; il
faudra donc que les cédistes apprennent à se dissocier,
dans laction même, cest-à-dire à se
voir agir, comme sil sagissait dun grand
frère sous surveillance.
Notre cours de base fait
référence à lun des principes fondamentaux
de la CD : le principe de non-sincérité, ou, pour
utiliser des termes déjà connus ailleurs, le principe
de détachement.
Expliquons le fonctionnement de ce principe
à partir de la façon habituelle dont nous
considérons les interactions. Soit une chaîne de
messages échangés entre A et B, que nous allons
écrire, pour simplifier, de façon linéaire
:
...A---M1---B---M2---A---M3---B---M4---A---M5...
Cette chaîne représente les
échanges entre A et B au cours dune conversation ; la
nature des messages (M1, M2, M3...) peut être verbale ou
non-verbale, sourires, gifles...
Habituellement, nous considérons que ce
que nous disons ou faisons avec B, est, en quelque sorte une partie
de nous-mêmes ; et ce que B nous répond, ne nous laisse
pas indifférent. Nous sommes donc concernés, à
la fois par ce que nous disons et par ce que lon nous
répond. Cest la conception dite " normale " de
la communication. On fera remarquer, que cette conception,
soit-disant basée sur la sincérité, montre,
à lévidence que nous voyons la communication de
notre seul point de vue : nous sommes bien " le centre du
monde ". La chaîne de communication sera
ponctuée ainsi :
..A---M1)---B---(M2---A---M3)---B---(M4---A---M5)..
En nous situant au centre de la communication,
nous évacuons notre interlocuteur. Concrètement, dans
laction, cela signifie que nous prêtons une telle
attention à ce que nous faisons que nous ne savons pas voir
comment lautre réagit.A linverse, la pratique du MND nous
apprend à positionner lautre au centre de la relation,
en ponctuant ainsi la chaîne :
..A---(M1---B---M2)---A---(M3---B---M4)---A---(M5..
Il sagit de la même chaîne,
mais cette fois ci , nous nous sommes mis en marge de ce qui se passe.
Nous sommes complètement dissociés par rapport à
ce qui se passe, à la communication. Nous sommes au balcon en
train de nous regarder dans notre prestation dacteur ; nous
sommes donc dans une bonne position pour dicter à lautre
Moi la bonne conduite à tenir. Tout se passe comme si nous
nétions pas concernés, ni par ce que nous
faisons, ni par ce que lautre nous dit et nous fait.
Doù le nom provocateur de ce principe et de sa pratique
: le principe de non-sincérité, auquel on a le droit de
préférer le nom plus zen de principe de
détachement.
On nous dit souvent que cette façon de
procéder nest pas " naturelle " ; nous
répondons : certes, elle nest pas culturellement
majoritaire, tout ce que nous avons appris à
lécole va à lencontre de ce principe. Nous
sommes, en effet, généralement fiers de pouvoir
affirmer des propos du genre :
" Moi, je suis
toujours sincère ",
" Je dis
toujours ce que je pense, même si cela ne plaît
pas. " On ne peut nier
quil est parfois agréable, et de plus souhaitable
dêtre sincère, (dans les relations de couple par
exemple) ; et dune façon générale, chaque
fois quil ny a aucun problème relationnel à
lhorizon. Simplement si nous sommes dans une relation
conflictuelle, ou simplement au sein dune relation
daffaires, il sera préférable dutiliser ce
nouveau modèle de pensée, plus efficace. Chacun de
nous, devant une difficulté de la vie qui peut être
résolue par la prise de contrôle de la relation avec
autrui se doit de choisir entre la sincérité à
tout prix avec léchec en bout de piste, ou la prise en
considération de notre objectif qui repose, en fait, sur la
reconnaissance de lautre, comme différent de
nous.
Lapplication du principe de
détachement nest pas le seul savoir-faire que le
cédiste doive apprendre pour appliquer un comportement non
dualiste. Il lui faut une formation complète, lamenant
à opérer en lui-même un authentique changement 2
dans sa propre façon dagir.
Cette formation peut se résumer en trois
mots qui symbolisent les trois étapes de la démarche CD
: Connaître, Analyser et Modifier, ce qui peut se dire
autrement : la connaissance et la maîtrise des interactions
pour pouvoir les changer.
Il faut dabord apprendre à faire
parler autrui, et parallèlement à lécouter
; cest la maîtrise des silences, des reformulations...
Ensuite, il faut apprendre à analyser ce qui vient de se
passer : analyser le contenu des propos échangés et la
nature de la relation que lon vient de vivre. Puis, apprendre
à tracer la voie des changements que lon désire
conduire dans cette interaction particulière.
Sans ce savoir-faire particulier, les outils de
notre méthode leur sont aussi utiles quune boîte
à outils dans les mains dun manchot.
Le principe de la dissociation, ou principe de
non-sincérité permet aux cédistes de mieux
contrôler la nature, et la variété des actions
quils mènent. Ils resteront calmes, et joueront la note
juste, en fonction du contexte : ils sauront se montrer aussi bien
autoritaires que soumis, pacifiques ou en colère, calmes ou
exaltés, sincères ou stratégiques. Ils
apprendront vite que la meilleure façon dobtenir quelque
chose de quelquun est rarement de le lui demander en prenant la
position dominante. Ils apprendront les vertus et la terrible
efficacité de la position complémentaire basse : ils
sauront feindre de ne rien savoir, feindre de laisser faire, car
cest la position la meilleure pour observer. Or, nous le savons
en CD, sans observation correcte, pas danalyse correcte et pas
de changement correct.
Celui des deux
interlocuteurs qui est en mesure de se mettre plus facilement, plus
promptement et plus fréquemment en position basse
"gère" donc plus facilement l'interaction.
(MALAREWIECZ
Jacques-Antoine : Guide du voyageur perdu dans le dédale
des relations humaines,
ESF, 1992, p. 68).
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Nous ne pouvons
pas ne pas généraliser, autant en faire son deuil tout
de suite. Beaucoup de nos généralisations sont
légitimes et nous évitent bien des tracas. Par exemple,
nous généralisons quand nous reconnaissons, dans une
situation donnée, une situation déjà
vécue, même approximativement, et que nous lui
appliquons les solutions qui nous ont réussi dans la
précédente. Comme le dit un auteur : heureusement que
nous généralisons sinon, chaque fois que nous nous
trouvons devant une porte à ouvrir, il nous faudrait
réapprendre les gestes, sous prétexte que la porte
nest pas exactement la même que les
précédentes.
Généraliser, cest,
à partir dun petit nombre dobservations
concrètes, émettre une idée abstraite qui
recouvrira davance toutes les observations futures qui
ressembleront à celles qui ont provoqué la
généralisation.
Jai deux copains antillais
particulièrement dragueurs, et je pense que tous les antillais
sont dragueurs. Ce genre de généralisations
sincrustent particulièrement bien en nous, dautant
plus quelles contiennent souvent une grande part de
vérité. Et quelles valident par là, les
futures généralisations que je ferai. Autrement dit,
plus je généralise, plus jobserve à quel
point jai raison de généraliser, et plus la
généralisation devient mon mode majoritaire de
pensée, mon mode majoritaire de me tromper.
Car, disons-le clairement, la
généralisation fait partie de nos erreurs les plus
fréquentes de raisonnement. Même si parfois, une
généralisation (qui se reconnaît aux formules
" toujours ",
" jamais ",
" tous
les... "...)
savère " vraie ", cela ne prouvera en rien que
dautres doivent lêtre aussi.
Restons au niveau qui occupe prioritairement la
CD, les relations interindividuelles : toutes les
généralisations sont à bannir. Le cédiste
continuera à généraliser à partir
dun petit contingent de faits, mais sil le sait, et
sil naccepte plus de suivre aveuglément ce que son
esprit lui présente comme des vérités, il fera
un pas en avant vers la résolution dun grand nombre de
ses problèmes. Il apprendra à se méfier de
lui-même. Il se servira des indices de la Sémantique
Générale de Korzybski, en finissant ses phrases par les
formules rituelles du type :
" Pour autant
que je sache,
ici et
maintenant, quoique... ". Il
pensera toujours que les antillais sont dragueurs, mais restera
ouvert à des expériences pouvant lui donner
tort.
Un des premiers travaux que nous demandons aux
élèves en CD désireux de changer, est de lister
leurs principales généralisations. Il est normal
den trouver quelques dizaines, mais au delà dun
certain nombre, le travail de changement sera difficile. Plus on
rencontre de sujets sur lesquels on généralise, plus la
coquille sera dure, plus il sera difficile de changer. Les
généralisations sont des opinions solidifiées,
auxquelles on tient, car on a limpression quelles font
partie de notre moi ; elles nous retiennent à la maison chaque
fois que lon veut sortir.
Comment lutter contre les
généralisations ? Dabord, il faut les
démasquer, les débusquer, et leur faire la chasse.
Comment ? En listant, pour chacune delles, lensemble des
faits concrets qui sont à lorigine de celles-ci. Je pense
que les antillais sont dragueurs. Mais, combien dantillais
ai-je connus dans ma vie, en position de draguer ? Nai-je pas eu
le spectacle dantillais qui ne draguaient pas ? Et mon ami
Marcel, ne drague-t-il pas tout autant ? En faisant ce tour
dexamen, le plus complet possible, en intégrant dans ma
connaissance des personnes que je juge, ce que jignore ou pense
ignorer delles, je serai surpris du petit nombre
dévénements concrets justifiant lopinion,
et encore plus de rencontrer des événements concrets
allant à lencontre de lopinion
généralisante que je professe et que javais tout
simplement oubliés de voir.
Après avoir listé les principales
généralisations qui composent nos opinions, nous nous
attaquons particulièrement aux généralisations
" abusives ", celles qui nous limitent dans laction,
voire nous empêchent carrément dagir. Plus notre
carte mentale est remplie de concepts et dopinions
généralisantes, plus il nous sera difficile
dagir, car nos croyances sont comme des tapis dans lesquels
nous nous prenons les pieds dès que lon avance.
Cest un des aspects sur lequel Korzybski ne sest pas
beaucoup penché, lidée que plus la Carte est
volumineuse, plus le Territoire est rabougri. Comme on voit de ces
hommes dont la culture est essentiellement livresque, être
quasiment empêchés dagir par cette culture
même. On peut presque tout apprendre dans les livres sauf
lodeur de la rose, et la douceur de la peau de nos petites
amies. Cela me rappelle le personnage dun film qui avait tout
appris dans les livres, à qui lon dit :
" Tu
sais, on napprend
pas tout dans
les livres ", et qui
répond :
" Je
sais, jai lu ça dans un livre
aussi ".
Tout notre apprentissage consiste à
donner au débutant en CD, des outils lui permettant de se
détacher progressivement de ses opinions
généralisantes, et de les remplacer, soit par rien du
tout, soit par de nouvelles programmations comportementales, non
accompagnées dopinions, des morceaux de territoire sans
carte.
Ainsi, une fois repérées les
croyances généralisantes, et les expériences
concrètes qui les justifient ou qui les infirment,
lélève en CD sexerce dans des actions
concrètes allant à lencontre de ses opinions et
croyances. Comme comportements et concepts semblent tenir beaucoup
à être cohérents entre eux, les croyances
finissent par céder devant des expériences
manifestement contraires. A quelquun trop attaché
à lhygiène corporelle (deux douches par jour,
brossage de dents avec sa " propre " brosse à
dents...), nous demandons de faire une randonnée - sil
est randonneur- où il lui sera impossible de se laver
correctement. La
croyance fonctionne comme
une obligation ou, côté pile, comme une interdiction
:
" Il
faut... ou il ne
faut
pas ". La croyance dit :
" Il est
indispensable de se laver tous les
jours ", et
lexpérience dit
" Tu vois, tu
nen meurs pas ". En
répétant les expériences, la croyance finit par
céder ; cest un rapport de force entre les niveaux du
Territoire et de la Carte.
Mais attention, la CD ne prétend pas
remplacer une quelconque idéologie ; nous navons pas
à guider nos élèves vers un chemin plutôt
quun autre. Nous nobligeons personne à adopter des
croyances particulières, sinon celle selon laquelle la CD peut leur
être utile. Sils pensent le contraire, ils peuvent aller
chez le psychanalyste qui leur remplira la carte mentale et leur
suggérera quelques milliers de problèmes nouveaux dont
ils ont oubliés de souffrir.
Cest lélève en CD, et
lui seul, qui décide de la nature de ses changements. Si la
façon dont fonctionne une de ses relations, dans des cas
précis, ne le satisfait pas, nous laidons à
résoudre ce problème qui est souvent plus simple
quil ne le croit. Il nous est arrivé de rencontrer des
cédistes débutants totalement satisfaits de leurs
relations ; dans ce cas, nous navons aucune utilité
auprès deux.La CD peut se considérer, nous
lavons vu en introduction, soit comme une boîte à
outils, soit comme une méthode de vie, ou une nouvelle
épistémologie (celle de la sémantique
générale et du zen). Chaque élève se
situe au niveau qui lui convient.
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Là encore,
nous navons pas lintention de répéter ce
qui a été dit dans dautres livres.
Lexplicationite aiguë est une vraie maladie de
lesprit. Nous la condamnons au nom de plusieurs principes de
base. Dabord au nom de la preuve scientifique : il est bien
rare quune explication ait valeur de preuve ; ensuite, au nom
de linnovation dans la mesure où le fait même de
trouver une explication à un problème nous
empêche den chercher la solution ; enfin, au nom du
Territoire, car, à ce niveau tout est description, rien
nest explication.
Examinons maintenant quelques raisonnements
faux entraînés par le besoin permanent et aigu de tout
expliquer.
"Quand
l'événement B a tendance à se produire
après l'événement A, alors on peut dire que
l'événement A est la cause de l'événement
B"
C'est ainsi que nous raisonnons habituellement,
sans nous en rendre compte. Mais c'est un raisonnement
faux.
Nos raisonnements ne traitent que le flou ;
ici, le mot important dans la proposition est a
tendance. Car que peut-on dire quand
l'événement, parfois suit et parfois ne suit pas A ?
Sinon, que, parfois A est la cause de B, mais pas toujours. Mais,
alors, il ne faut pas en rester là, il faut expliquer,
puisque l'on s'est positionné dans un monde de l'explication,
pourquoi, A n'est pas toujours la cause de B. Je digère mal et
je suis malade parce que j'ai mangé trop de chocolats ; alors
pourquoi l'autre jour n'ai-je point été malade,
après avoir mangé toute la boîte ?
Le principe de causalité dirige une
très grande partie de nos raisonnements, et nous pouvons dire,
du point de vue de la CD, qu'il empoisonne toute notre
société. Il pose plus de problèmes qu'il n'en
résout, ce que nous allons essayer de montrer
maintenant.
La difficulté d'extraire de notre
esprit, - comme on extrait une dent cariée, - le principe de
causalité, vient en partie du fait qu'il nous semble
inné ; les enfants ne passent-ils pas leur temps à
demander : Pourquoi ? Les réponses aux questions Pourquoi,
rassurent, et quand on ne sait pas le pourquoi d'un
événement, il suffit de l'inventer et d'oublier
aussitôt que nous venons de l'inventer.
Les questions que nous nous posons, en jetant
un regard froid sur ce principe handicapant seront de plusieurs
natures : logiques d'abord, pragmatiques ensuite, et nous chercherons
en quoi le principe de causalité peut améliorer ou
troubler les relations humaines, ce qui est le sujet unique de notre
préoccupation.
Sur le plan logique, on ne peut, semble-t-il
parler de causalité que dans les cas de figures où A
est toujours suivi de
B, et
que
B ne peut se produire sans A
précédemment. Ce cas est celui où nous trouvons
une bijection entre l'ensemble des causes et l'ensemble des effets.
Par exemple, si je mets ma main sur une source de chaleur, je me
brûle (au delà d'un certain degré), et si je me
brûle, c'est toujours parce que j'ai posé la main sur
une source de chaleur trop forte. Ca marche dans les deux sens. Cela
correspond à la formule : il faut et il suffit.
On voit tout de suite que, rares sont les
événements de la vie quotidienne, auxquels nous pouvons
appliquer ce principe de raisonnement logique. Il semble que la
plupart des cas où nous pouvons trouver de vrais rapports
causes-effets, appartient à ce que Palo Alto désigne
comme appartenant au monde de la réalité de premier
niveau, c'est-à-dire à des phénomènes
physiques et observables. Bien que là encore, il soit possible
de chicaner, car nous ne nous brûlons pas tous au même
degré, et la ménagère habituée à
transporter des plats brûlants que nous ne pouvons même
pas toucher nous transporte aussi d'admiration. Mais, il suffit de
changer la quantité de chaleur, pour que la proposition reste
valable : tout le monde finit par se brûler, même ceux
qui ont une peau de cuir.
En dehors de ces cas-là, toute
résolution de "problèmes" à l'aide du principe
de causalité sera considérée par nous comme une
forme de nouvel obscurantisme, et aussi une façon bien habile
de tromper les gens, quand cette méthode est utilisée
par ceux qui ont le pouvoir. Se servir du principe de
causalité pour expliquer les phénomènes de
société, c'est-à-dire la vision même de
ceux qui expliquent, est un stratagème du pouvoir
utilisé en permanence. Nous en trouverons quelques exemples en
médecine ou dans les processus de fabrication des
lois.
Abuser du principe de causalité, c'est
se servir d'une concomitance plus ou moins permanente entre deux
événements pour en conclure à un rapport de
cause à effet, et renfermer par là même, ceux qui
auront la bêtise de me croire.
On connaît l'exemple cité par
Watzlawick du martien qui arrive sur terre et tombe à
côté d'une palissade. Il regarde entre deux lattes de la
palissade, et voit passer et repasser un chat, mais il ne sait pas
ce qu'est un chat, il voit d'abord quelque chose de rond muni de
choses fines et de deux yeux (mais il ne sait pas que ce sont des
yeux) qui le regardent, puis, ensuite, il voit quelque chose de long,
fait apparemment de la même matière que la
première, et qui se tient recourbé. Il en conclut,
après plusieurs passages du chat, et avec ses propres mots que
je ne retranscrirai pas ici, que : la tête est la cause de la
queue.
Cet exemple semble tiré par la queue ou
par les moustaches, parce qu'il fait intervenir le martien. Mais
point n'est besoin d'aller si loin, les martiens sont nombreux dans
les écoles, les cabinets de médecins, les entreprises,
les familles et les cabinets de ministres.
Quelques exemples de fausse causalité :
les explications de tous les mouvements sociaux (les causes de la
révolution française, de Mai 68...), les explications
des maladies (le cholestérol et les accidents vasculaires, le
stress et l'ulcère...), les explications des accidents de la
route (la vitesse, l'alcool...), les explications de la
réussite ou de l'échec d'un produit, des raisons pour
lesquels un vendeur ne réussit pas bien...
La gravité du principe de
causalité, est qu'il crée un lien incassable entre deux
événements, deux opinions, deux concepts. Il
crée dans notre esprit une association verbale qui fera figure
de vérité. Il crée de l'esclavage, et tisse,
dans notre esprit, une vraie toile d'araignée faite d'images
et d'idées reliées entre elles par ce rapport
définitif ; si bien qu'il devient impossible de modifier quoi
que ce soit dans nos croyances sans remettre tout en question.
C'est pourquoi l'on trouve bien plus confortable de ne rien remettre
en question.
Le principe de causalité, tel que nous
l'utilisons dans notre société, de façon
abusive, nous empêche d'évoluer. Si A
est la cause de B,
alors, non seulement on a trouvé la réponse à
nos questions, mais encore, cela devient une hérésie de
vouloir modifier B,
éviter B,
sans, d'abord corriger
A. Et comme, souvent A
appartient au passé et quon ne peut plus le modifier, on
en arrive vite à la conclusion évidente : il ny a
rien à faire. C'est le raisonnement qui tue, et que l'on
trouve en médecine ou en psychanalyse. Puisque vos maux sont
des symptômes (effets) dont la cause est à chercher
ailleurs (plus loin, plus profond, plus avant...), alors, tout
traitement symptomatique sera considéré comme
superficiel, temporaire et inefficace.
Un exemple simple se trouve dans la croyance
quasi-générale (jusquà ces
dernières années où lon vient de
découvrir lexistence dun agent microbien) que
l'ulcère ne peut provenir que de deux causes : le stress ou la
nourriture trop épicée. On dit que ce sont les causes
reconnues de l'ulcère, qui, devient par là, une maladie
de l'environnement, presque évitable. Vous formez votre
ulcère et allez consulter : tous les médecins, ainsi
que votre entourage, en chercheront la cause, soit dans votre
nourriture
(" Si tu ne
mangeais pas autant de
piments ") ou dans votre mode
de vie (" Si
tu
travaillais
moins "). Manque de chance
pour nos terribles explicateurs : vous
ne mangez pas épicé, et vous menez une vie tranquille
de fonctionnaire. Qu'à cela ne tienne, comme l'a dit (à
peu près) Einstein : quand les faits donnent tort à la
théorie, c'est que la théorie est mal comprise, ou que
les faits ne sont pas bien observés, car la théorie,
selon lui, est ce qui permet d'observer les faits. Donc, la
théorie a toujours raison. Dans notre cas, il suffira de dire
que vous êtes " un faux calme " et qu'au fond de
vous, le stress vous ronge, et le tour est joué. Vous n'aurez
jamais raison contre la science, même si celle-ci reste
impuissante à expliquer pourquoi des milliers d'hommes, qui
vivent une vie infernale de capitaines dindustries et courent
d'un avion à l'autre, ou les milliers d'autres qui mangent
leurs piments au petit-déjeuner, n'ont pas d'ulcère, et
que notre vieille tante qui ne mangeait que des légumes
à l'eau, en a fabriqués plusieurs.
Les savants et leurs vulgarisateurs, vous
expliqueront qu'il ne faut pas raisonner ainsi, que leur conception
de la causalité est celle d'une causalité probabiliste,
qu'il n'est pas sûr que vous fassiez un ulcère en
mangeant pimenté, mais que si vous mangez pimenté, vous
aurez plus de chances, statistiquement, d'en faire un.
Attention au piège, ne vous laissez pas
attraper par celui-ci. Même si on est habitué, par nos
journaux et l'école, aux explications probabilistes, ce ne
sont que des déguisements de preuves. Outre le fait que la
plupart des probabilités que l'on nous montre, ont des
visées politiques et ont été fabriquées
de façon insuffisamment scientifique, il ne faut pas se mettre
à croire qu'il s'agit là de preuves. Car, dire, par
exemple que 5% des hommes mangeant pimenté font au moins un
ulcère dans leur vie, alors qu'ils ne sont que 3% dans la
population ne mangeant pas pimenté, ne constitue nullement la
Preuve que c'est la nature de leur alimentation qui a
entraîné la création de l'ulcère. Et
cest encore moins la preuve que vous, vous allez
développer un ulcère. (Voir Cours 8)
Sans compter que les populations statistiques
peuvent être étudiées sous un millier d'angles
différents : par exemple, en étudiant les deux
échantillons on peut s'apercevoir que la population 1 comporte
15% de gauchers contre 7% dans la population 2. Donc, les gauchers
ont plus souvent d'ulcères que les droitiers ? (il s'agit d'un
exemple fictif, bien sûr). Il s'agit bien d'un fait, si la
population est statistiquement représentative, or, le fait
d'être gaucher ne sera jamais perçu par nos savants
comme une cause possible de l'ulcère. Alors, pourquoi la
nourriture et non pas le fait d'être gaucher, sinon, parce que
la nourriture pimentée figurait auparavant,
avant l'étude, comme explication probable des
ulcères ? Où l'on voit que les résultats d'une
étude, la plus objective possible, n'est que le reflet des
opinions préalables du savant qui la mène, et cela,
parfois, en toute bonne foi.
Les exemples de cette nature sont
extrêmement nombreux en médecine et en politique, comme
nous l'étudierons dans des prochains ouvrages.
Note : restent un certain nombre
de questions à traiter à propos du principe de
causalité, un des principaux axiomes de notre mode de
raisonnement : qu'est-ce qu'une preuve ? Peut-on parler
d'événements sans cause aucune ? Comment traiter les
phénomènes ayant une multitude de causes ? Et comment
apprendre à dire, quand on ne sait pas de façon
sûre : je ne sais pas. Prendre des exemples variés :
accidents de la route, médecine, commercial... Autre question
fondamentale dans le cadre d'une nouvelle épistémologie
: le principe de causalité est-il nécessaire ? Ne
vaut-il pas mieux décrire qu'expliquer ? Une bonne description
ne vaut-elle pas en même temps une explication complète
? Ne peut-on se contenter de la cooccurrence ; et si A et
B étaient simplement des amis,
qui ont l'habitude d'aller ensemble ?
Ne pas oublier de montrer que toute explication
à l'aide du principe de causalité, fait correspondre un
ou des faits du Territoire, avec des Concepts abstraits de la Carte,
alors que toute description est un ensemble de
phénomènes rassemblés en un processus,
appartenant au même niveau d'abstraction, comme l'exemple de la
brûlure. Un langage descriptif sera donc plus facilement un
langage du Territoire.
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Vivre dans le monde de la Carte, nous
lavons vu, comporte quelques dangers, entre autre celui de
nous éloigner du monde concret, et de nous faire perdre nos
compétences en matière de savoir-faire relationnel.
Mais ce nest pas tout, le monde de la Carte possède un
piège : il nest, en apparence, inoffensif. On peut jouer
avec les concepts, ils ne nous mordront pas, ils ne nous casseront
pas la figure. Gare aux philosophes qui vont vérifier leurs
idées sur le terrain.
Cest ainsi quau fil des
siècles, nombreux furent les philosophes et les poètes
à inventer des mondes utopiques. Aucun fait ne résiste
à la plume. On peut aller jusquà dire que, dans
notre culture occidentale, les plus grandes idées ont
germé dans les esprits des terribles utopistes,
" terribles simplificateurs ", qui, " les yeux pleins
détoiles " comme le dit Watzlawick, nous ont
tricoté une montagne de problèmes dont on est
aujourdhui incapables de sortir.
Les plus grands utopistes, je les ai
déjà dénoncés dans le premier Art de
manipuler (1978), ils se nomment : Jésus, Rousseau, Freud,
Marx. Et lon pourrait ajouter Aristote, Descartes et quelques
autres. La mélasse qui nous englue lesprit et qui nous
amène régulièrement à compliquer ce qui
est simple, cest à ces gens-là que nous le
devons. Petits génies de la Carte, mais tous handicapés
de la relation. Car enfin, Jésus a échoué, son
père la abandonné paraît-il ; Rousseau ne
nous a pas montré lhomme naturel ; Marx nous a
décrit des événements qui ne se sont jamais
produits ; Freud na jamais prouvé le moindre rapport
entre ses élucubrations et la vie telle quelle est.
Quant à Descartes, il nous a appris, après Aristote,
que, justement, la pensée dirige et doit diriger tout, y
compris les actions concrètes, et que le monde est
composé didées séparées et
distinctes. Tous ces maîtres à penser, véritables
criminels de lhumanité, ont en commun un point
fondamental : la Carte doit diriger le Territoire. La Carte
cest la Morale du Bien et du Mal pour lun, la Raison ou
la Nature pour lautre, la Justice pour un autre ou encore
l Inconscient pour le dernier. Ils ont inventé les
devoirs de philosophie.
Cest grâce à eux - ou par
leur faute - que, maintenant, nous avons bien du mal à faire
comprendre à nos élèves en CD, à quel
point tous ces concepts abstraits, non seulement ne servent à
rien, mais encore leur sont nuisibles. Toute formation CD commence
par un nettoyage complet de lancien esprit ; il faut nettoyer
les écuries rationnelles et morales avant de pouvoir y loger
nos méthodes.
Nos grands penseurs ont inventé
lidée de progrès, lidée selon
laquelle, plus les siècles passeront, plus nous nous
approcherons dune ère idéale. Cest une
idée en perte de vitesse en ces temps de pessimisme ;
aujourdhui, la plupart des gens semblent croire que les
lendemains qui chantent sont remis sine die. Mais cest une
idée qui reste pernicieuse, car elle garde toute sa force
dans nos actions quotidiennes. En effet, dans notre couple, dans nos
relations avec nos enfants, ou avec nos patrons, nous gardons
présent à lesprit, lidée de
relations " idéales ", et nous souffrons de ne point
pouvoir les matérialiser.
Lidéalisme nest pas mort, et
il convient de lui faire la chasse, comme nous le faisons aux
généralisations et aux explications.
Ici, attention aux dualismes. On nous dit
parfois : vous prônez le pessimisme. Ce nest pas parce
quon déclare nuisible une idée que son contraire
est à promouvoir ; ceci est encore une vue dualiste. Nous
pensons quil est temps daméliorer nos relations
quotidiennes en utilisant des outils en bon état et efficaces.
Qui voudra bêcher son jardin avec une bêche cassée
? Ou pire, avec une brosse à dents ? Cest pourtant ce
que nous faisons dans notre jardin-esprit. Mais, améliorer les
relations avec nos partenaires ne nous obligent pas à
poursuivre un but " idéal ". Toute
amélioration concrète est un petit pas, qui en
amène un autre. Dans quel but? Dans le but de cette
amélioration elle-même.
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